Je ne suis pas qu’une maman : témoignage

Dites-le avec une lettre

Il y a des choses qu'on aimerait dire à ceux qu'on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons, véhiculer la bonne intention. Aujourd'hui, on vous aide à vous lancer et envoyer la plus belle des lettres:

On entend souvent que lorsqu’on devient mère, il ne faut pas s’oublier en tant que femme. Réalité, injonction, jugement de valeur ? Utopie ? La plupart des mamans rêvent d’équilibrer leur existence entre leur rôle de mère et leur vie de femme, seulement, on ne va pas se mentir, c’est une tâche compliquée pour beaucoup d’entre elles. La charge mentale, le poids de la société, ce rôle de mère de famille dans lequel l’entourage les enferme parfois. Sans parler de la multiplication des familles monoparentales où ce sont généralement les mères célibataires qui ont la garde des enfants. Certaines n’en peuvent plus même si elles aiment leurs enfants plus que tout. C’est le cas de Gaëlle qui nous livre dans son témoignage, je ne suis pas qu’une maman, ses frustrations et son envie d’être vue comme une femme à part entière.

Je ne suis pas qu’une maman : témoignage de Gaëlle

J’ai deux enfants de 10 et 7 ans et je suis séparée de leur père depuis 2 ans. Devenir mère a toujours été dans mes projets de vie et dans nos projets de couple. Je suppose que comme beaucoup, fonder une famille était la continuité de notre amour. Une sorte à la fois d’étape et d’aboutissement.

Jamais, pas une seule fois, même lors de ma séparation et depuis elle, je n’ai regretté d’être devenue maman. Si je ne suis pas une mère parfaite, j’ai avec mes enfants une belle relation et sans eux, j’aurai une sensation d’inachevé.

Mais ce qu’on ne nous dit pas en devenant mère, notamment la première fois, et cela s’amplifie ensuite je trouve, c’est que ce rôle va prendre toute la place au quotidien et aux yeux des autres.

Comme des milliers, des millions de mamans, j’ai une charge mentale à la limite de l’explosion. Lorsque j’étais en couple déjà, mais encore plus depuis.

Devenir mère, c’est faire passer les besoins de ses enfants avant les siens et si cela m’a longtemps paru normal, je n’ai pas honte de dire qu’aujourd’hui j’ai l’impression d’un sacrifice.

En devenant mère, je n’ai pas décidé pour autant de mettre au placard le reste de ma vie de femme et pourtant c’est un peu ce qui s’est passé.

Pour moi je ne suis pas qu’une maman mais en réalité c’est ce que je suis devenue.

Penser aux enfants en priorité, être le parent référent, devoir jongler avec ses besoins et ses envies de femme, sa vie professionnelle, sacrifier du temps à ce rôle de mère au détriment de tout le reste.

Oui j’ai connu ça en couple et je le connais aussi depuis que je suis maman solo.

En fait, on passe après, pour tout, tout le temps. C’est naturel je suppose : le bien-être de nos enfants est notre priorité. Au début, on n’y pense pas. On fait ce qu’il y a à faire, sans réfléchir. Les moments de bonheur en famille sont précieux alors on met dans un coin de sa tête ses frustrations et le deuil de certaines choses qu’on aimait faire.

Je verrai plus tard, c’est normal d’avoir moins de temps, les enfants passent en premier…

Des petites phrases qu’on se répète et qu’on pense, car on aime ses enfants mais qui vont conditionner ce déséquilibre entre la mère et la femme.

Le souci, c’est lorsque cela dure, qu’on a l’impression d’être pris dans une spirale infernale et de ne plus se reconnaître, de ne plus savoir qui on est.

En devenant mère, je n’ai pas renoncé à vouloir être la femme que j’étais avant. Active, sociable, avec une vie professionnelle, des passions, des envies et des besoins.

Seulement le rôle de mère a grignoté peu à peu sur tout ça. Pour prendre la place de tout le reste et ne faire de moi qu’une maman.

J’ai longtemps culpabilisé de penser ainsi, tout en me disant que c’était une étape de ma vie, rien de plus. Mais mon couple, déséquilibré au niveau du partage des tâches et des enfants, m’a renvoyé en pleine figure cette réalité.

Mon mari n’était pas un père investi dans le quotidien et la logistique de la maison et des enfants. S’il est un bon père pour eux et qu’il les aime, il ne s’est jamais occupé de tout ce qui fait leur quotidien. Les obligations, l’école, les rendez-vous, les papiers, les petits bobos…

C’est dans ses yeux que j’ai vu en premier que je n’étais plus qu’une mère.

Quand il rentrait du boulot ou dans ses messages et qu’il ne demandait que comment ça allait avec les enfants. Pas comment j’allais moi, Gaëlle, sa femme mais Gaëlle la mère de ses enfants.

Je n’ai jamais eu l’impression de le limiter à son rôle de père depuis que nous étions parents alors que lui ne me voyait plus qu’à travers ce prisme. La femme que j’étais n’existait plus.

Je ne suis pas qu’une maman, voilà ce que j’ai essayé maintes fois de lui faire comprendre mais il était déjà trop tard pour nous deux.

A notre séparation, j’ai été soulagée de ce poids, divorcer m’a permis, entre autres choses, de retrouver la femme oubliée.

Mais je ne vais pas mentir, la vie de maman solo n’est pas un long fleuve tranquille et remet au centre de ma vie encore une fois mon rôle de mère. Pour ne pas m’oublier une nouvelle fois, j’ai réussi à organiser ma vie différemment avec mes enfants pour ne pas que cette sensation de sacrifice refasse surface.

Cela dit, je ne peux vraiment me libérer de mon rôle et penser à la femme que je suis quand mes enfants sont chez leur papa. Là, je peux prendre soin de moi et me reconnecter à mes aspirations profondes.

Mon défi est de parvenir à équilibrer mon rôle de mère et la femme que je suis au quotidien, pas seulement en l’absence de mes enfants. Mais je sais que c’est un combat de longue haleine.

Une mère est vue en premier comme une maman, c’est une sorte d’évidence pour beaucoup. Ma propre mère, quand elle m’envoie un message ou m’appelle, demande des nouvelles de mes enfants avant de prendre des miennes.

S’oublier en tant que femme à cause de son rôle de mère est une vérité qui a, je pense, toujours existé. Le ressenti est différent selon les personnalités, sensibilités et aspirations de chacune.

Ce que je revendique, c’est de pouvoir être les deux. Et ce que je ne veux plus, c’est culpabiliser quand je pense à moi. Cela ne veut pas dire que je ne pense pas à mes enfants, mais j’estime avoir le droit de faire de mon bien-être une priorité dans ma vie, au même titre que le leur.

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