Lettre à mon père absent

Trouver les bons mots pour écrire une lettre

Il y a des choses qu'on aimerait dire à ceux qu'on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons, véhiculer la bonne intention. Aujourd'hui, on vous aide à vous lancer et envoyer la plus belle des lettres:

Une très belle citation sur la paternité affirme : « N’importe quel homme peut être père, mais il faut être quelqu’un de spécial pour être un papa ». Cette phrase résonne comme une vérité, hélas, pour un grand nombre de pères démissionnaires, absents de la vie de leurs enfants. Bien entendu, elle peut s’appliquer également à certaines mères qui ne remplissent pas leur rôle. Mais dans le cas présent, c’est à un père absent de la vie de son fils qu’est adressée la lettre qui suit. Une lettre pleine de tristesse et de colère, d’incompréhension et de résignation. Car c’est malheureusement ces émotions négatives que ressent Louis, 22 ans, à l’égard de son père. Et parce qu’il a éprouvé le besoin de s’en libérer, de s’alléger de ce poids, voici sa lettre à mon père absent, qui est à la fois un cri d’amour et un adieu.

Lettre à mon père absent

« Papa,

Puis-je vraiment t’appeler ainsi ? Ce mot si particulier qu’on dit, qu’on écrit, à l’homme le plus important de sa vie. A un modèle, un pilier, un repère dans l’existence, le mérites-tu encore ? L’as-tu jamais mérité un jour d’ailleurs ?

Le petit garçon que j’étais, puis l’adolescent et l’homme que je suis devenu, a toujours eu l’impression de prononcer un mot dont il ne connaissait pas le sens réel quand il disait le mot papa…

J’ai passé la majorité de ma vie sans toi. Crois-moi, j’ai fait le calcul. Non pas que maman refusait que je te vois, que la garde t’en empêchait après votre séparation ou que j’étais parti loin. Non, rien de tout cela.  La vérité, la seule, l’unique, c’est que tu avais apparemment mieux à faire.

Tu as construit ta vie en ne me considérant pas comme une priorité. A peine une option à prendre en compte de temps en temps.

Tantôt comme un trophée qu’on montre avec fierté à la galerie de ses amis et de sa famille : « regardez comme je suis un excellent papa séparé ». Tantôt, plutôt devrais-je dire, comme un colis encombrant dont tu ne savais que faire tout un weekend et que tu ramenais plus tôt le dimanche chez maman.

As-tu seulement une idée de ce dont je me rappelle ? De la base sur laquelle se sont construits mes souvenirs d’enfance avec toi ?

Sur ton absence. Ni plus, ni moins. Ton désintérêt, ton indifférence, ton silence. Tes retards, tes erreurs, tes manquements, tes mensonges.

Si tu savais comme j’en ai voulu à maman certains jours, quand j’étais petit. Pendant longtemps, je l’ai crue responsable de la situation. Puis je me suis dit que c’était de ma faute.

Schéma classique paraît-il, d’en vouloir au parent présent et aimant car il faut bien trouver un coupable sur qui déverser sa colère et son chagrin. Puis de s’en vouloir à soi, à se considérer comme indigne d’être aimé de son père.

C’est ce que j’ai cru à cause de toi, que tu n’aimais plus maman donc que tu ne m’aimais plus non plus. Que j’avais fait quelque chose de mal et que tu n’avais plus envie de m’avoir pour fils.

Pourtant je t’aimais, papa, si tu savais comme je t’ai aimé, jusqu’à t’idéaliser. Je me faisais des films dans ma tête, m’inventant un scénario de retrouvailles magiques. Mais la réalité reprenait toujours le dessus. Tu n’appelais pas, n’écrivais pas, ne venais pas. Des excuses, tu en avais toujours, bonnes selon toi, toujours mauvaises pour moi.

Lire aussi : 6 raisons pour lesquelles les hommes ont peur de devenir papa

Lettre à mon père absent : maman était là, pas toi

J’ai très vite compris que si tu étais mon père, tu n’étais pas vraiment un papa. L’amour, c’est maman qui me le donnait. Et sûrement pour deux, pour combler le manque de ton absence. Si tu savais toutes les fois où elle a menti pour te protéger, pour pallier à tes manquements, pour cacher tes mensonges.

Toi qui étais persuadé que si j’étais mal à l’aise avec toi, c’était parce qu’elle te critiquait. Tu avais tout faux. Comme toujours.

Maman, elle m’a aimé, élevé, rassuré, encouragé, félicité, soigné, aidé à grandir. C’est elle qui s’est occupé de moi, de l’école, de mes bobos d’enfant, de mes devoirs, de mes rendez-vous médicaux, de mes activités extra-scolaires, de mes repas, de mon linge, de mes jouets. Elle qui me prenait dans ses bras si je faisais un cauchemar, faisait des nuits blanches quand j’avais de la fièvre, supportait 3 fois de suite la même histoire à lire ou le même dessin animé à regarder. Elle encore qui a supporté ma tempête adolescente puis étudiante, ne lâchant rien pour que je me fasse des copains, puis que je réussisse mes études, que je m’épanouisse, que je m’accomplisse.

Et toi, pendant tout ce temps, où étais-tu ? Avec une femme, puis une autre et encore une autre, entre deux boulots, deux régions. Entouré de tes potes, refusant de vieillir, de grandir, de mûrir.

Très vite, le fameux un weekend sur deux et la moitié des vacances scolaires n’est devenu une réalité que sur les papiers du tribunal. Quelques jours par-ci, par-là suffisaient à te donner bonne conscience quant à ton rôle de père.

Mais moi je me suis lassé papa. A trop t’attendre, trop t’espérer, trop essayer de te comprendre, de te trouver des excuses année après année, j’ai perdu mes illusions de petit garçon, de fils.

En grandissant, en devenant un homme à mon tour, j’ai compris que ton comportement à mon égard était un choix que tu avais fait en ton âme et conscience. Le seul responsable de mon malheur d’enfant, c’est toi. Ça a toujours été toi.

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Pas moi, ni maman, ni la vie. Non juste toi, qui n’as pas su être un père, qui n’as pas voulu être un papa.

Aujourd’hui j’ai grandi et si à tes yeux je ne suis sans doute pas encore un homme, aux miens je le suis et cela me suffit. Oui cela me suffit pour te dire stop.

J’en ai marre de faire semblant d’avoir un père digne de ce nom. Marre de porter ce fardeau qui n’est pas le mien, marre de continuer à te consacrer une énergie que tu ne mérites pas.

J’ai dû continuer à souffrir en silence, car rien de suffisant n’autorisait maman à t’empêcher de me voir quand tu l’avais décidé. Je le sais maintenant, tu lui aurais fait des ennuis, ça tu as toujours su lui faire du mal. L’adolescence m’a permis de prendre mes distances, de comprendre qui tu étais vraiment.

Ces dernières années, on ne s’est presque pas vus. Toi, tu fais comme si tout était normal. Moi, j’ai juste mis à profit ce temps pour me construire, me renforcer et réaliser que je n’avais pas besoin de toi. Pas envie de te voir. Tu ne me manques pas. Jamais. Nous ne partageons rien, à part notre ADN, mais les liens du sang ne sont rien quand le cœur n’y est pas.

Alors je prends mon envol papa, je prends ma liberté et je ne te demande pas la permission, je me la donne. Je me donne le droit d’être un homme maintenant, qui veut vivre loin de tout lien toxique, qui ne veut plus se regarder dans le miroir à devoir consoler le petit garçon triste qu’il était.

Je ne veux plus être triste et malheureux à cause de toi papa. Cette lettre sera mes derniers mots pour toi. Ce n’est pas une lettre de haine, une déclaration de guerre, rien de tout cela. En fait, en prenant ma liberté de fils, d’homme, je te rends la tienne. Ne te force plus à remplir un rôle que tu n’aimes pas. Si la vie a fait de toi mon père, tu n’as pas su devenir mon papa.

Au revoir,

Louis. »

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1 réflexion au sujet de « Lettre à mon père absent »

  1. Bonjour,
    Je n’ai pas l’habitude de commenter des articles, blogs etc. Mais je ne saurai passer devant ce récit qui m’interpelle tant sans dire mot.
    Je tiens à vous féliciter pour vous être livré de la sorte, je suis bien placée pour savoir le courage et la sincérité que cela peut mobiliser. Mais encore il faudrait que l’on ressente le besoin de le faire, et qu’on juge que ça en vaut la peine.
    Pour ma part, à mes 7ans nous avons été abandonné et dès cet instant je me suis promis de passer toutes mes journées auprès de ma mère. Et tout comme vous, j’ai pris le fait qu’il n’a plus jamais donné de nouvelle comme de l’indifférence et de là j’ai décidé de ne plus entendre parler de lui. A mes 18ans, un camarade d’université fait un songe sur mon père et moi dans lequel je mourais étant fâchée de lui. J’ai décidé pour la 1ere fois de ma vie de le chercher, en un après-midi de cours, j’ai trouvé où il résidait et j’y suis allée. Malheureusement après plusieurs tentatives pour le rencontrer, sa femme s’arrangeait à ce qu’on ne le voit pas. Je l’ai eu au téléphone et il m’a salué puis a demandé ma sœur cadette qu’il a toujours particulièrement affectionnée. Quelques jours après il est décédé en cette date du 23/03.
    Le jour de l’enterrement, les paroles de la chanson « Ça fait mal » de Singuila, revenait en boucle dans ma tête. J’ai ressenti toute la peine que je m’étais toujours interdite d’exprimer. J’étais partagée entre les pleurs de tout le monde autour de moi (qui m’étaient indifférents dans le fond puisque c’était un inconnu pour moi), et la déception de n’avoir pas su mettre mon ego et m’a frustration de côté pour profiter un peu de lui quand mon frère aîné et m’a sœur cadette échangeaient avec lui.
    Aujourd’hui, en ce jour du 23/03, je cherche toujours la bonne manière de lui rendre hommage. Je suis sure d’une chose c’est que c’est mon géniteur et juste pour cette raison (étant chrétienne et ayant de fortes valeurs culturelles), je lui dois de la reconnaissance.
    Merci pour votre lettre qui m’a permise de m’exprimer un petit peu sur mes sentiments en cette journée

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