Parler d'Amour
Lettre à son grand-père

Lettre à son grand-père

Auteur

Lettre à mon grand-père, par Marie

KENAVO
Ce 28 octobre de l’année 1925, en la jolie ville de Plougastel Daoulas, un petit garçon pousse son premier cri. On vient de le prénommer Jean-Noël.
Pour tout le monde ou presque, ce sera Jean. Pour deux enfants à qui il donnera vie, ce sera Papa…Enfin, trois petits-enfants finiront par le nommer Pépé.

Pépé…J’aime les mots…Quelquefois pourtant, je crains de ne parvenir à les trouver. Alors je vais prendre place derrière mon stylo, ma « pointe bic » comme on l’appelait dans ton jargon, et simplement laisser mon cœur faire le reste.

Pépé…Je me souviens…De tes mots justement. Les plus doux, les plus tendres, les plus drôles. De tous tes gestes d’affection, de ces étés à Rocbaron, de ce jardin immense. De ces deux énormes cerisiers dont tu m’aidais à escalader les branches, de ces ventrées de cerises qui n’en finissaient pas de nous régaler. De ce figuier que tu aimais tant.

Pépé…Je me souviens de « Lagadu », terme breton que tu utilisais pour me surnommer en hommage à mes yeux noirs.
Je me souviens de la tendresse sans limite, qui, quelles que soient les circonstances, envahissait le regard que tu posais sur nous.
Je me souviens de ton sourire, quotidien, inébranlable. De la foi en la vie que tu as toujours su conserver.

Je me souviens des « Pomm’Chip » à l’ancienne, de la fougasse, des palets breton, du soda, des chamonix à l’orange, du panettone et des chamalows que mémé et toi ne manquiez jamais de ramener des « commissions », juste parce que vous saviez à quel point on aimait ça.
Je me souviens de l’odeur de la confiture en train de cuire, de celle du couscous qui se prépare…
Je me souviens du bruit de tes pas, lorsqu’ils parcouraient ce long couloir, dans la maison familiale.
Je me souviens de ce fauteuil où tu prenais repos, de ce tabouret sur lequel tu allongeais tes jambes. Elles t’auront tant fait souffrir.

Je me souviens de ces longs trajets en voiture, pendant lesquels pour mon plus grand plaisir, tu faisais tourner en boucle la cassette audio de Chantal Goya, pour que « Ça passe plus vite! »

Je me souviens de chacune de tes expressions. Elles me faisaient sourire….Lorsque tu partais faire la sieste, ta déformation professionnelle t’amenait toujours à dire : « Je vais prendre la position du marin fatigué ». Je me souviens que manger, pour toi c’était « casser la croûte ! ».
Je me souviens de ton goût pour le beurre salé, le far breton, et le « pinard ».
Je me souviens de cette phrase qu’inévitablement tu prononçais à la fin de chaque repas… « Un de plus, un de moins ! ». De celle qui revenait à l’issue de chaque Noël, chaque anniversaire… « Qu’on puisse en faire autant l’année prochaine ! ».

Se faire écrire une lettre par un écrivain public

Pépé…Je me souviens de ton rire. De ton œil malicieux. Des tes sourcils que tu remuais en plissant le front pour m’amuser.
Je me souviens de la « catherinette », cette souris de chiffon que tu faisais si bien s’agiter, et de ce pouce que tu faisais semblant d’avoir cassé devant mes yeux écarquillés.

Je me souviens de cet instant où pour la première fois, j’ai senti ton sourire un peu plus crispé, ta voix anormalement sanglotante.
Ce jour là, avant de nous quitter, comme à mon habitude je me suis penchée au-dessus de ce fauteuil pour t’embrasser.
Je me souviens de ta main sur mon épaule, et de cet échange de regards, différent de tous les autres. Toi et moi avions compris…Ce jour là, tu m’as parlé en breton « Poucouxbraz, et Kenavo ma fille ! » Bisous, et salut !
Ce jour là , je me souviens que tu m’as fait une bise de plus, « Pour la route ! »*

Ce 15 octobre de l’année 2009, dans ce quartier des sablettes, tout près de la mer, mon pépé prend définitivement « la position du marin fatigué ». Mémé vient tout juste de lui fermer les yeux.

Ce soir là, je me souviens avoir senti mon cœur se serrer, et mon corps faiblir.
Je me souviens m’être assise sur le bord de mon lit, face à ma fenêtre. Les yeux levés vers le ciel mais le regard tourné vers mon enfance en pleurs…Je me souviens avoir pensé très fort à tout ce qu’on avait vécu …A ce qu’on ne vivrait jamais plus. Pépé, non cette fois, on ne pourra pas « En faire autant l’année prochaine… »

Je me souviens de ce moment déchirant, où pour la dernière fois je me penchai pour t’embrasser, tandis qu’une de mes larmes se mettait à rouler sur ton front.

Pépé…J’aurais voulu te retenir… Pour un an, pour un mois, pour un seul instant.
Je me souviens, sept années plus tard, de la douleur de te laisser partir.

Pépé…Aujourd’hui, je peux pourtant te le dire ; je n’ai de cesse de ressentir ta présence. Tu es là, chaque fois que je mange quelque chose que nous aimions tous les deux, que je regarde la mer ou lorsque je comble la place de ce fauteuil vide. Tu es là, à chaque pas de plus que je fais dans la vie.

Presque comme avant, je t’entends te réjouir pour moi quand je suis heureuse, et me répéter de ta voix grave et bienveillante que « ça va s’arranger…» lorsque les choses vont un peu moins bien.

Pépé…Malgré cet irrémédiable départ, et l’infini voyage pour lequel tu as embarqué…J’en suis persuadée, au pays des souvenirs qui sont les nôtres, en terre où règne l’amour qui nous unit, rien ni personne, jamais, ne saura nous séparer.

KENAVO!

Marie.

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