Parler d'Amour

Lutine : Un film sur le polyamour qui pose des questions sur la fidélité, l’exclusivité, l’engagement et le désir

Lutine : Un film sur le polyamour qui pose des questions sur la fidélité, l’exclusivité, l’engagement et le désir

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Lutine sort au cinéma le 4 avril 2018, il s’agit d’une comédie documenté sur la polyamorie que je vous recommande grandement ! J’ai eu la chance de le voir en avant-première et je trouve qu’il soulève des questions vraiment intéressantes sur la société, l’amour, le désir, l’exclusivité…

« Comédie documentée », OFNI (Objet Filmique Non Identifié) à la fois ludique et sérieux, LUTINE propose à son public un jeu de miroirs et de mises en abyme l’invitant à se poser les mêmes questions que les personnages sur l’écran : qu’est-ce que l’amour ? La fidélité ? L’exclusivité ? L’engagement ? Le désir ? Peut-on désirer et/ou aimer plusieurs personnes en même temps ? Et si oui, comment le vivre d’une façon éthique et respectueuse pour toutes ?

La réalisatrice, Isabelle Broué est elle même poly et l’une des co-organisatrices des cafés poly à Paris.

LUTINE sera à l’Accattone à partir du 13 avril, mais cette semaine, il est aux 3 Luxembourg :  le 4 avril et vendredi 6 avril a 20h30 ! 😉

L’interview d’Isabelle Broué, la réalisatrice de Lutine :

Si vous deviez donner une phrase pour définir le polyamour ?

Je parle moi plutôt de « polyamorie » que de « polyamour », car le mot « amour » en français peut laisser imaginer qu’il s’agit de « être amoureux·se » de plusieurs personnes. Or ça peut être le cas, mais pas nécessairement.

La polyamorie, c’est la possibilité de vivre plusieurs relations en parallèle – qu’elles soient amoureuses ou non, sexuelles ou non – dans un cadre consensuel et éthique. Autrement dit : que chaque personne concernée soit au courant et d’accord, et prenne soin de ses relations.

Vous dites que votre film est une comédie documentée, pouvez-vous expliquer ce terme ?

LUTINE est une comédie dans laquelle le personnage principal est une réalisatrice (que je joue) qui décide de tourner un documentaire sur les amours plurielles. LUTINE est donc une comédie dans laquelle s’inscrit une partie documentaire. J’ai créé ce mot sur le modèle des « conférences gesticulées » : un sujet sérieux, traité avec une part d’humour. Ici, c’est une comédie… avec une partie documentaire « sérieuse ».

On a l’impression quand on parle de lutinage, qu’il doit y avoir une égalité parfaite ? N’est-ce pas impossible à obtenir ? N’y-a-t-il pas une forme de hiérarchie qui se crée à chaque fois ? Par exemple, la femme qui est avec deux hommes dans votre film : elle aime les deux, les deux l’aiment, mais les deux hommes eux ne sont pas amoureux.

Je parlerais plutôt de relations « équitables » et « éthiques » plutôt que « égalitaires ». Il y a une égalité de droit : chaque partenaire a les mêmes « droits », quel que soit son genre, son âge, sa position sociale, mais il ou elle n’a pas nécessairement les mêmes besoins. L’idée est que chacun·e y trouve son compte.

Votre film parle de polyamour mais pose aussi la question des acteurs qui jouent des scènes d’amour. Être acteur, serait-ce une forme de polyamour ? Les acteurs sont-ils des polyamoureux qui s’ignorent ?

En polyamorie, on parle de « relations » entre les gens, d’émotions, de sentiments, éventuellement d’engagement. Les comédien·nes, par définition, « jouent la comédie » : ils ne vivent pas les émotions ni les relations qu’ils prétendent vivre. Comme je le dis dans le film : « c’est du cinéma, on joue ».

Mais peut-être faites-vous plutôt référence à l’aspect « libertin » de pouvoir embrasser plusieurs personnes, comme je le fais dans le film ? Le libertinage met en effet plus l’accent sur l’aspect sexuel des relations, tandis qu’on parle plus pour la polyamorie, d’une « orientation relationnelle ».

Sur le thème en effet de « jouer des scènes d’amour », je pose la question dans LUTINE de « mettre la langue », ou pas. Sans aucun doute y a-t-il des metteur·ses en scène qui abusent des comédien·nes en leur demandant d’acter physiquement des scènes intimes. C’est bien toute la question du consentement, et une partie de l’enjeu de l’affaire Weinstein et du hashtag #metoo : on est loin d’avoir fait le tour de la question dans le cinéma français.  

Est-ce que ce serait juste de dire que votre film sous-entend que quand on est amoureux de quelqu’un, on lui ferait jouer une fiction en matière de monogamie ? Si  la monogamie, c’est s’imposer une fiction, dire oui à la polyamorie reviendrait à se libérer de cette fiction justement, non ?

Voulez-vous dire que la monogamie serait une sorte d’utopie, sur laquelle chacun·e projette ses fantasmes parce qu’on lui fait croire depuis toujours (romans, comédies romantiques, culture au sens large…) que quand on est amoureux·e, on ne peut l’être que d’une seule personne ?

Dans la mesure où la polyamorie n’est pas, de fait, « avoir plusieurs relations », mais bien « envisager la possibilité de… », autrement dit se mettre d’accord, quand on entre en relation avec quelqu’un·e, que si l’un·e a envie d’avoir d’autres relations, alors cela pourra être discuté et négocié, alors oui, d’une certaine manière, on peut dire que vivre en Polyamorie (qu’on acte ou pas, le fait d’avoir plusieurs relations) signifie vivre dans la réalité et non le fantasme – voire la peur.

L’idée est d’être honnête avec soi-même et les autres, de regarder les choses en face, sans se mentir, d’être au plus près de ses désirs et de ses besoins, tout en respectant les personnes avec lesquelles on est en relation. Clairement, ça n’est en aucun cas quelque chose de « simple » à vivre, et bien sûr, ce n’est pas adapté à tout le monde.

Quelle est la limite entre la réalité et la fiction dans votre film ? Pourquoi avoir voulu troubler le spectateur en mélangeant les deux ?

LUTINE est une comédie : c’est une fiction. À partir de là, j’engage le spectateur à rester vigilant : tout peut être fiction, même ce qui se présente comme une partie documentaire. Les personnes dans le café poly sont-elles de « vraies personnes » ou bien des comédien·nes ? Comment savoir ? C’est ça qui est drôle ! Ma sœur Caroline, qui est vraiment productrice à France-Culture, joue son propre rôle, mais son texte, c’est moi qui l’ai écrit ! Françoise Simpère, l’autrice de Aimer plusieurs hommes et du Guide des amours plurielles, joue également son propre rôle. Et quand elle me dit au début du film qu’elle n’a pas très envie de le faire… là, aussi, elle joue une scène de fiction !

LUTINE joue avec le « 4ème mur », et avec le spectateur. Je dis au spectateur « c’est une fiction », on sait que ce sont des acteur·trices qui jouent, et pourtant, on croit à leurs émotions, et on s’identifie à eux de la même manière. En vrai, cela continue à me fasciner.

Que se passe-t-il pour les enfants quand on est un couple amoureux ? Peut-on avoir des enfants avec plusieurs partenaires ? Qu’en pensez-vous ?

Je pense que « être amoureux » n’a pas grand-chose à voir avec « avoir des enfants ». Le « couple amoureux » et le « couple parental » (voire plus, s’il y a plus de deux personnes qui se considèrent comme « parents » d’un enfant) sont deux choses différentes. Je pense qu’avant de faire des enfants avec quelqu’un·e, on devrait se poser la question de comment cela se passera si un jour, on décide de mettre fin à la relation.

Je pense par ailleurs que pour qu’un enfant soit heureux et épanoui, le plus important est que ses parents soient heureux et épanouis, et vivent dans le respect les un·es des autres. Quand des personnes vivent dans le respect et la confiance, dans le dialogue et le partage, en communication bienveillante et non-violente, alors tout est envisageable. Et la monogamie, dans la société patriarcale, inégalitaire et sexiste dans laquelle on vit, n’a certes jamais été une garantie pour qu’un enfant soit heureux et épanoui.

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