La sororité c’est quoi exactement ?

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Il y a des choses qu'on aimerait dire à ceux qu'on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons, véhiculer la bonne intention. Aujourd'hui, on vous aide à vous lancer et envoyer la plus belle des lettres:

Depuis quelques temps, on parle de plus en plus de sororité dans les médias et les débats. Ce mot, qui évoque une forme de solidarité entre femmes, venant du mot « soror » qui veut dire sœur ou cousine, qui se veut fédérateur, se positionne aujourd’hui de plus en plus dans les débats sur le féminisme. Mais que signifie exactement ce mot ? D’où vient-il ? Quelle est son histoire, quelles sont ses différentes significations à travers les siècles ? La sororité c’est quoi exactement ? Tour d’horizon sur le sujet.

La sororité c’est quoi exactement ?

Un peu d’histoire

C’est au Moyen-âge que le mot apparaît pour désigner des communautés religieuses exclusivement composées de femmes. Même si elles demeurent placées sous la protection et l’autorité des hommes. Ces congrégations sont des lieux où les femmes y instaurent leurs règles de vie, accèdent à la culture dans un environnement sécurisé et se transmettent les savoirs.

Par la suite, des femmes non religieuses, souvent veuves, comme notamment les Béguines, reproduisent le modèle de ces communautés non-mixtes. Leur motivation pour rejoindre le béguinage est d’échapper au (re)mariage imposé par les familles. Elles trouvent dans ces micro-cités de vraies voies d’émancipation.

Mais trop indépendantes pour beaucoup, notamment pour les autorités religieuses à l’époque confondues avec les autorités politiques, ces femmes attirent l’hostilité et subissent des persécutions. Comme les sorcières en leur temps, elles n’échappent pas aux procès en hérésie, aux condamnations et aux exécutions. L’idée de sororité derrière ces initiatives de femmes finit donc par disparaître.

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La sororité au XIXème siècle

La notion de sororité réapparait à la fin du XIXème siècle. D’abord dans les universités américaines, en parallèle des confréries masculines. C’est là qu’on se transmet entre étudiants les enseignements informels et où l’on tisse son réseau. Les confréries ne sont pas mixtes, alors les filles qui arrivent à l’université vont créer les leurs, appelées sororités. La sororité Gamma Phi Bêta, fondée en 1874 à l’Université de Syracuse est réputée la plus ancienne de ces organisations universitaires semi-clandestines de femmes.

Également, la notion de sororité revient dans le mouvement du scoutisme, qui s’ouvre aux filles mais refuse de mélanger les genres.

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Sororité et féminisme

Le mouvement féministe ou MLF des années 1970

Dans les années 1970, la question des groupes non-mixtes est à l’agenda du mouvement féministe. Il y va de garantir une véritable liberté de parole. Les femmes n’oseraient pas dire les mêmes choses en présence d’hommes. Mais également de résoudre la question de la division du travail militant. Ce débat épineux va entraîner une scission dans le mouvement féministe, provoquant l’opposition entre les « différentialistes » (qui défendent une spécificité féminine) et les « universalistes » (qui refusent l’institution de différences entre les genres).

Les réseaux de femmes

La discussion mixité/non-mixité revient sur le tapis avec l’émergence dès les années 1950 puis la massification à partir des années 2000 des réseaux de femmes. Ces réseaux vont se constituer d’abord sans les hommes. Il faut reconnaître que même lorsque ces réseaux s’annoncent bienveillants envers les hommes, peu sont intéressés par la cause des femmes.

Mais très vite, les réseaux comprennent que leur action sera limitée s’ils ne sont pas mixtes. Ne serait-ce que parce que, dans les faits, ce sont majoritairement des hommes qui sont aux postes de décision. Aujourd’hui, la plupart de ces réseaux évoluent vers une approche mixte, même si des difficultés à attirer des hommes dans leurs rangs persistent.

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Sororité et fraternité

Le mot sororité prend un autre sens dans le langage courant à partir des années 2000. Il fait l’objet d’un gros coup de projecteur médiatique quand la candidate à la Présidence de la République française Ségolène Royal l’emploie dans un discours électoral, en 2007. Elle souligne que les grands principes de la République, de la devise « liberté, égalité, fraternité » portent la marque symbolique d’un « oubli » des femmes.

En effet, quand les Etats généraux se réunissent en 1789 pour enterrer l’Ancien Régime, certains penseurs des Lumières, comme Condorcet, débattent de la question d’intégrer ou non les femmes dans la citoyenneté, en vain. Plus tard, la révolution de 1848 marque l’adoption de la devise « Liberté, égalité, fraternité »par la IIe République. Elle instaure aussi un suffrage universel masculin. Elle signe ainsi la constitution d’une communauté politique masculine, dont les femmes sont exclues.

Un mot de remplacement est proposé depuis un moment au mot fraternité : l’adelphité. Il signifie « appartenir à la même matrice, venir du même corps ». En vain…

Depuis les mouvements féministes, le terme de sororité ne désigne plus uniquement une idée de solidarité entre femmes. Il est associé à l’émergence d’une pensée politisée et de revendications associées sur le droit des femmes.

Les femmes doivent conquérir des droits qui sont acquis aux hommes. Et pour les conquérir, il leur a fallu et il leur faut encore revendiquer, souvent se justifier pour rassurer sur les « risques » qu’il y a à leur faire confiance. Et pour démontrer que la société doit les intégrer dans les espaces de participation politique et économique.

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Une sororité de plus en plus active ?

La sororité se définit alors de plus en plus comme une solidarité assumée entre femmes afin de faire alliance. Non pas contre les hommes, mais contre les stéréotypes et le sexisme ordinaire.

Si jusqu’aux années 1970/80, la sororité désignait davantage une forme de compagnonnage et une protection entre femmes, depuis le féminisme l’a récupérée afin de le politiser dans ses débats et ses combats.

Il faut trouver une autre voie de résistance car la société telle qu’elle est conçue, fait obstacle à la sororité. Voilà l’idée. Elle déplore que les femmes entre elles restent toujours dans « la loi des mâles dominants ». Mais les choses bougent depuis quelques années et la parole des femmes se libère. Notamment via les réseaux sociaux et des associations, relayée par les médias. Le féminisme est plus visible par des actions fortes et l’idée de sororité, de cette solidarité entre femmes, est remise à l’honneur.

On peut noter, depuis l’affaire Weinstein aux Etats-Unis, une multiplication des mouvements de libération de la parole sur les violences faites aux femmes, notamment avec différents hashtags comme le #metoo. En France, à l’instigation du collectif NousToutes, la sororité est aujourd’hui sur le devant de la scène, D’ailleurs, on dit désormais d’un comportement qu’il est « soror ».

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La sororité : une solidarité intemporelle entre femmes

Mais les combats politiques pour les droits des femmes et pour la libération de la parole sur les violences faites aux femmes ne doivent pas faire oublier le principe même de sororité. En effet, on peut dire que la sororité existe depuis toujours envers et contre tout, partout, comme une forme de solidarité informelle entre femmes, de proximité, populaire.

C’est par elle que les femmes s’entraident et se réconfortent entre elles. Elle s’exerçait sous forme de solidarité de voisinage, autour du lavoir ou de la fontaine, par exemple. Aujourd’hui, elle existe dans les quartiers, les associations, les forums de discussion. Elle permet de parler d’affaires de femmes, comme la maladie, la contraception, les accouchements et les avortements, c’est-à-dire de ces événements difficiles de la vie et de la mort qui ont toujours ponctué le quotidien des femmes.

Indépendamment du reste et de sa politisation, la sororité a donc toujours existé pour désigner la solidarité entre femmes, davantage comme une entraide solidaire qu’une sororité revendiquée.

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