Parler d'Amour
La chieuse au cinéma

La chieuse au cinéma

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La chieuse ne semble pas être une habituée des salles de cinéma. La preuve, elle n’en maîtrise pas les règles élémentaires. La discrétion et sa copine courtoisie, elle ne connaît pas.

Avant d’aller voir un film, la chieuse se met en jambes. Désireuse de profiter des nouvelles technologies, elle se réserve un e-billet pour ne pas avoir à faire la queue. Une fois arrivée au cinéma, c’est le scandale. Elle a mal fait la manip’, tout le personnel présent sur place est mis au courant et tenu de lui expliquer par A+B que sa réservation n’a pas fonctionné et qu’elle doit acheter sa place. La chieuse hausse le ton, la chieuse peste contre l’incompétence des employés… La chieuse se calme lorsqu’elle voit le vigile se tourner vers elle avec un regard menaçant. Finalement elle fait la queue, comme tout le monde, tandis que ses amis – qui eux ont su réserver leur e-billet -, l’attendent avec une légère impatience.

Une fois arrivée à la caisse, la chieuse tente par tous les moyens de profiter d’une réduction mais non, elle n’a pas moins de 14 ans, non elle n’est plus étudiante, et non le fait d’habiter à 40 kilomètres ne lui donne même pas droit à un Coca Light gratos. Pour noyer son chagrin, la chieuse se rue vers son groupe d’amis et s’accapare le paquet de pop-corn qu’elle n’a même pas payé. “Ah ce sont des sucrés? Mm dommage, j’avais envie de salé.”

Ça y est, la chieuse et ses amis sont enfin installés devant le grand écran. Évidemment, c’est la chieuse elle-même qui a choisi la rangée, comme toujours. “On est jamais mieux que dans la rangée du fond”, déclare-t-elle à sa meilleure potesse qui l’a déjà entendu dire ça 97 fois. “Autrement, il y a toujours des abrutis pour nous donner des coups de pieds. Les gens se croient dans leur salon, je te jure…”. La chieuse, elle, ne donne pas de coups de pieds. Elle est plus fine que ça.

Quand les lumières s’éteignent, que le film commence, la chieuse est au taquet. Elle met la main dans le pot de pop-corn et elle farfouille encore et encore. A croire qu’elle est à la recherche du pop-corn doré, le trésor du paquet, caché au fin fond d’un univers entier de maïs soufflé. Dans le silence de la salle, on n’entend que le bruit du pop-corn malmené. Et ça peut durer parfois 10 secondes d’affilée. Heureusement (ou pas) pour ses voisins, l’attention de la chieuse sera vite détournée des sucreries.

“Ehh!”, s’exclame-t-elle à mi-voix, la main sur le bras de son pote Baptiste qui fronce légèrement les sourcils. “Tu as vu?! C’est pas le type qui joue dans Mad Men??”. La chieuse aime que toute la salle puisse apprécier son incroyable mémoire visuelle. En réalité, lorsque le film qui se déroule sous ses yeux provoque un sentiment trop fort en elle, il lui est impossible de ne pas l’exprimer à haute voix. Elle ne rit que lorsque les autres se taisent et si elle s’ennuie, elle va essayer de divertir celui qui a eu le malheur de l’accompagner: “T’imagines si ça s’était appelé La Dame en string?” (ceci est une phrase véridique de chieuse bien réelle prononcée au moment le plus critique de La Dame en noir).

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Évidemment, la chieuse fait aussi partie de ces gens qui, même lorsque le film les intéresse, ne peuvent s’empêcher de checker régulièrement leurs mails et leurs textos. La chieuse a beau être une chieuse, elle est très demandée et ça lui plaît. “Tu sais que tu peux réduire la luminosité de ton smartphone, chaton? Ça évite aux autres d’être gênés pendant le film“, lui fait gentiment remarquer Rodolphe, cet homme qui a la patience nécessaire pour endosser le rôle de petit-ami de la chieuse. “Ah oui? Comment on fait?”. Rodolphe s’empresse de lui piquer son portable pour faire taire au plus vite les “ssshhht!” qui commencent à fuser. “Oh mais Amour c’est super pratique, ça! Merci, t’es le meilleur.” Peine perdue. Pour faire taire la chieuse, Rodolphe n’a plus le choix, il l’embrasse fougueusement sur la bouche, ce qui la met automatiquement en mode câline, amoureuse et, ô joie, silencieuse jusqu’à la fin du film.

En sortant de la salle, il n’est pas rare que la chieuse critique ouvertement ce qu’elle vient de voir. Si elle est un brin cultivée, elle aime le faire savoir: “Non mais franchement, le livre est tellement plus subtil. L’adaptation c’est vraiment pour faire du fric.”/ “En toute objectivité, Almodòvar nous avait habitué à des intrigues tellement plus foisonnantes!”/ “C’est la dernière fois que je me déplace pour voir un film d’horreur, ils n’ont jamais entendu parler du mot scénario ou quoi?”. Et tandis que Rodolphe lève imperceptiblement les yeux au ciel, la chieuse enchaîne par un suave “J’ai faim, tu m’invites au resto, Amour?”.

Et vous? Avez-vous déjà croisé des chieuses au cinéma?

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