Fuis-moi je te suis suis-moi je te fuis ou le jeu malsain des relations d’aujourd’hui

Dites-le avec une lettre

Il y a des choses qu'on aimerait dire à ceux qu'on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons, véhiculer la bonne intention. Aujourd'hui, on vous aide à vous lancer et envoyer la plus belle des lettres:

Fuis-moi je te suis suis-moi je te fuis ou le jeu malsain des relations d’aujourd’hui. Jeu dans lequel on se reconnaît tous plus ou moins…

Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis : Le désir

Par définition, vous ne pouvez désirer que ce que vous n’avez pas. Une fois que l’objet du désir est acquis, l’excitation de la traque retombe. Alors, lorsque se présente une personne inaccessible, c’est plus fort que vous: votre instinct de chasseur se réveille. Parce que c’est un défi à relever. Parce que vous pouvez fantasmer à loisir sur le bonheur que ce serait de réussir à séduire cette personne qui ne s’intéresse pas à vous. En fait, c’est avant tout votre ego qui en prend un coup: « Quoi qu’est-ce qui cloche chez moi? Mauvaise haleine? Chignon de travers? T-shirt à l’envers? Non, tout va bien pourtant. » Alors c’en est trop. Vous allez prouver à la cible de vos fantasmes que si vous le voulez, vous pouvez la manger toute crue.

5508433-le-grand-requin-blanc-est-bien-une-machine-a-devorer

Oui, bon pas d’excès, s’il vous plaît. Car c’est précisément ce qui va faire fuir votre proie. Être trop présent, c’est habituer l’autre, voire le lasser. Tout le monde veut goûter au plaisir de la traque. Et quand la séduction est trop flagrante, l’autre peut avoir l’impression que vous lui mâchez le travail (décidément, impossible de ne pas parler de dents!). Par conséquent, il n’y trouve pas son compte.

La proie prend l’avantage!

Eh oui, comme dans toute partie de chasse, la proie est en position de force lorsque le chasseur a le malheur de trop se faire remarquer. Voir quelqu’un qui se meurt d’amour pour vous entraîne souvent deux réactions possibles: « Haha, oui, c’est mignon. » -vs- « C’est pathétique… ». Attention à ne pas se méprendre sur le « c’est mignon ». Il ne veut pas dire « sexy » mais pourrait plutôt s’appliquer à un enfant en bas âge qui montre son premier dessin à sa mère. Potentiel aphrodisiaque: zéro. Le dragué sait qu’il a les pleins pouvoirs face au dragueur qui ne sait pas être subtil. Il peut en jouer. Le faire marcher. L’appâter en sachant pertinemment que c’est lui qui mène la danse. Finalement, celui qui « suit » ferait mieux de s’enfuir. A trop courir après sa proie, il a révélé ses faiblesses: il est accro. Tandis que celui qui fuit est encore libre.

Lana

Sortir du cercle vicieux du fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis 

Plus vous suivez, plus on vous fuit. Difficile de retourner la situation mais il est néanmoins possible d’inverser les rôles. En prenant de la distance pour commencer. Cessez de vous mettre en quatre pour plaire à la personne qui vous fuit. Plus de textos. Arrêtez de vous incruster avec lui à la pause déjeuner. Osez un « Bonjour » assez froid et distrait. Celui qui fuit est souvent fier du désir qu’il suscite. Si du jour au lendemain son admirateur/rice est aux abonnés absents, son orgueil en prendra un coup. Il y a alors des chances pour qu’il devienne lui-même votre suiveur. C’est à vous de profiter un peu de votre position. En annulant un rendez-vous au dernier moment. En répondant à un texto avec quelques heures de décalage. Ou, pourquoi pas, en vous laissant gentiment draguer par quelqu’un d’autre. Il ne faudra lâcher prise que lorsque l’élu de votre cœur aura donné de véritables preuves de son attachement. Une fois cet objectif atteint, un équilibre est rétabli. Le jeu du chat et de la souris a assez duré. En faire plus, ce serait en faire trop.

images

Aussi stimulant soit-il, ce petit jeu ne peut pas durer éternellement. Il n’est constructif que si l’un des deux camps dépose les armes. « Attrape-moi si tu peux. » Tout le monde a secrètement envie d’être « attrapé ». Mais pas par n’importe qui et pas n’importe comment. Le chat et la souris c’est les préliminaires de la relation amoureuse. C’est un jeu qui doit être mené avec subtilité et où chacun doit tour à tour être le meneur et le suiveur. Il doit nécessairement aboutir à un rapport d’égalité pour être efficace… et laisser la place à une véritable relation de couple. C’est là que le véritable défi s’impose. Car se lancer dans une nouvelle histoire, c’est prendre autrement plus de risques que de se contenter de fuir.

Fuis-moi je te suis suis-moi je te fuis ou le jeu malsain des relations d’aujourd’hui

(Avant toute chose je suis une femme et donc j’écris en tant que telle, même si cet article ne signifie pas que la situation inverse homme manipulé/femme malsaine n’existe pas. Bien au contraire.)

On a toutes connu ça, ou presque, cette situation glauque et douloureuse, souvent malsaine. On sait le mal que cela nous fait, et pourtant on s’obstine à vouloir y croire encore, à voir des signes, à espérer un changement et on craque, on y retourne, on replonge.

Pense-t-on qu’on ne mérite pas mieux ou simplement que c’est ça, l’amour aujourd’hui ?

On tient, quelques heures, quelques jours, quelques semaines. On se fait violence c’est vrai, parce que l’attirance est toujours active même si on est fières d’avoir tenu tout ce temps. Et puis, il suffit d’un rien et c’est reparti… Oui, pourquoi un simple message a le don de nous ébranler, de remettre en cause nos bonnes résolutions ?

Il nous a fait du mal, nous a menti, utilisée, fait souffrir. Il a joué avec nous, ne nous aime pas et n’a rien de sain et sincère à nous offrir. On le sait. Et on sait aussi qu’il recommencera son petit jeu malsain. A réapparaître puis fuir à nouveau, avant de revenir, comme s’il s’offrait, tel un cadeau inespéré. On sait qu’on va encore souffrir le martyre mais c’est plus fort que nous.

Pourquoi ?

Par amour ? Manque d’affection ? Pour le sexe ? Pour ne pas être seule ? Parce qu’on ne pense pas mériter mieux ? Parce qu’on espère qu’il changera ?

Chacune d’entre nous a sans doute évoqué une de ces raisons à un moment donné pour expliquer, se justifier, comme si on souffrait d’une forme d’addiction. « Mais si, je l’aime, oui il me manque, je n’ai envie de personne d’autre, s’il revient c’est qu’il tient à moi non ? Je suis sûre qu’il peut changer, au moins je ne suis pas seule…»

Toutes ces motivations ne sont-elles que les preuves, au fond, d’une forme de dépendance affective, d’un manque de confiance en soi et d’une vulnérabilité extrême qui nous poussent à devenir un jouet, à être une marionnette dans les mains de cet homme ? Devenons-nous victime de celui qui souffle le chaud et le froid sur nos émotions et nos possibles sentiments, décide pour deux et s’en amuse ? Croyons-nous vraiment que ce jeu malsain du chat et de la souris qu’il a instauré, ce remake du fameux « fuis-moi, je te suis, suis-moi, je te fuis » peut déboucher sur une vraie relation, une histoire d’amour ? Au fond de nous, sincèrement ? Bien sûr que non…

Mais, pas encore assez fortes, on s’en contente parce que nous sommes incapables de nous défaire de ce lien toxique ; impuissantes à résister à la tentation que représente cet homme qui nous a fait croire que tout était possible entre nous. Et pourtant à chaque fois c’est le même scénario. On se retrouve pour mieux se déchirer, il nous rappelle pour mieux nous manipuler.

Où s’arrête sa responsabilité ? Où commence la nôtre ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression que les relations amoureuses ne sont devenues qu’un vaste jeu, un marché de dupes. Il ne s’agit même plus du jeu de la séduction légitime mais plutôt d’un rapport de force, d’une prise de pouvoir sur l’autre.

D’emblée, trop souvent, il y a un déséquilibre. L’un des deux veut s’imposer et surtout conserver de la distance et de l’avance sur l’autre. Pour faire de l’autre sa chose et gagner ? Par défi ? Peur de l’engagement ? Peu importe la raison, le résultat est là. On devient trop souvent un instrument dans les mains de l’autre. Les relations amoureuses naissantes manquent de simplicité, de spontanéité, de naturel, de sincérité.

Avec toute cette surconsommation et ces nouveaux modes de rencontres décomplexés, standardisés, quasi à la chaîne même, la fin de la « vraie drague » et l’apanage du sexe comme un produit de consommation jetable, vite fait-mal fait, on a perdu ce qui faisait l’essence même d’une rencontre, d’un premier rendez-vous, des débuts d’une histoire.

On se méfie, on se protège ou alors on utilise l’autre, on s’en sert comme si on craignait qu’il le fasse avant nous, ou, constat plus affligeant, comme si c’était entré dans les mœurs que maintenant c’est ainsi que cela se passe.

Alors la découverte de l’autre devient un terrain miné.

On ne comprend pas le chemin à prendre, c’est un véritable parcours du combattant ou un jeu de piste, on a l’impression que si on répond A au lieu de B ou qu’on coupe le fil bleu à la place du rouge, on perd des points et on recule de dix cases. On a cette sensation omniprésente qu’il faut faire ses preuves, que l’autre nous coche ou décoche de sa liste si nombreuse de critères sélectifs ou rédhibitoires, et qu’on arrivera jamais à développer cette familiarité nécessaire qui accompagne la construction d’une relation.

Tout est compliqué aujourd’hui, à double sens, à double vie parfois, souvent, trop souvent d’ailleurs. On ne s’y retrouve plus, on s’y perd de plus en plus. Parce que malgré tout on n’est pas toujours forcément conscientes de la réalité de ce mode de fonctionnement au départ. Et donc quand nos yeux pétillent, qu’on a des papillons dans le ventre, on se lance dans l’aventure, on y croit, c’est humain. Si on a juste le temps de s’attacher un peu, la chute est moins douloureuse, mais si on tombe amoureuse, on est en plein dans cet engrenage cité plus-haut, ce jeu malsain d’y retourner, de tenter encore et encore, d’y croire malgré tout.

Il faut du temps et du courage pour avoir la force de dire enfin STOP. Et on n’a pas encore gagné, on a juste remporté une petite bataille, pas la guerre. Parce que l’autre revient à la charge une fois, deux, trois, avant la fin de notre travail sur nous-mêmes.

Alors il faut réussir à répondre à la question suivante honnêtement en ayant à l’esprit que nous connaissons l’issue de ce nouvel épisode, de cette nouvelle saison, mais nés du même scénario, « nouvel essai, nouvel échec, nouvelles larmes » : Pourquoi je cède à chaque fois qu’il revient ?

Et ensuite, il y a plusieurs choses à faire pour enfin couper ce lien.

Admettre qu’il nous siffle comme un toutou et qu’on revient à chaque fois, ce qui nous rend pathétique et de plus en plus fragile. Accepter que ça fasse mal mais cesser de se remettre en question à chaque fois. Arrêter de se dire qu’on ne mérite pas mieux que ça. Dissocier le désir de l’attachement et de l’amour. Arrêter de penser qu’on va le changer. S’avouer qu’il ne nous respecte pas et donc que non, il ne nous aime pas.

On a fait l’erreur de craquer une, deux, trois fois, voire plus. Ce petit jeu lui convient ; il sait qu’il claque des doigts et on accourt, alors pourquoi arrêterait-il ? Il n’a aucun effort à faire et y trouve son compte. Nous sommes les seules capables de dire stop définitivement pour ne plus espérer en vain une histoire d’amour qui n’est qu’une chimère et retrouver notre self-estime car si, nous méritons mieux ! Mieux que ces messages malhonnêtes, cette attente, ces larmes, ces fausses promesses, ce simulacre de relation.

Nous avons voulu vivre une histoire d’amour, lui voulait vivre un jeu de stratégie à dimension humaine. Il a gagné quelques batailles certes, mais pas le combat final. Ne pas y retourner, ce n’est pas déclarer forfait, ce n’est pas non plus accepter la défaite, au contraire c’est célébrer notre victoire et mettre l’autre « game over » !

Des lecteurs ont réagi

Cet article a suscité des réactions puisque 4 lecteurs ont laissé un commentaire. Vous aussi, participez à la conversation, partagez votre point de vue, votre accord, votre désaccord dans les commentaires. Ce site est fait pour ça ;)

Tous nos nouveaux textes dans 1 e-mail/mois

Rejoignez mes lecteurs privilégiés et recevez une fois par mois un e-mail rassemblant mes nouveaux articles et mes conseils amoureux.

4 réflexions au sujet de “Fuis-moi je te suis suis-moi je te fuis ou le jeu malsain des relations d’aujourd’hui”

  1. Mon dieu que ce texte me parle !
    Coincée dans une « relation » avec un homme qui fait ce qu’il veut de moi depuis maintenant deux ans.
    Il revient, on se fâche, il disparaît pendant deux mois. Je commence à « l’oublier » et c’est à ce moment là qu’il refait surface avec le strict minimum, juste assez pour me perturber et me rendre malade.
    J’aimerais beaucoup discuter avec Audrey, l’auteur de ce texte mais je n’ai pas trouvé son mail. Si tu passes par là…
    Merci beaucoup !

    Répondre
  2. Merci Jo, merci à toi Léa.
    Vous avez dû avoir mon mail par Léa, sinon vous me trouverez sur Facebook via la page #prendstaplumepourecriretesmaux

    Au plaisir d’échanger et plein de courage à vous, pensez à vous, ne lâchez rien !

    Audrey

    Répondre
  3. Waouh! Forte heureusement, je ne fais pas partie de ces cas de figure des femmes qui se font manipuler, malmener par des individus. Je suis une femme de forte caractère avec TOUT LE MONDE. Je ne laisse pas passer les signes et comportements. C’est assez malheureux de constater, dans notre société, les êtres humains préfèrent la haine à l’amour. Quand on est au petit soin de l’autre, il nous prend pour une serpillère. c’est dommage! nous sommes les seuls êtres créer, capable de raisonnée, d’amour et de réflexion. Majorité de gens accorde plus d’importance à un petit animal qu’à un être humain. Dès fois cela se comprend. Un jour, un conférencier disait: Quand j’ai entendu cela, ça m’a déstabilise.C’est ainsi agissent les Hommes!se faire cracher, baisser son pantalon et chier sur l’autre sou prétexte que l’autre aime plus. Oui, c’est extrêmement triste. Si on ne témoigne pas ses sentiments à un être humain à envers qui les manifestés. Quelle société!!! Après, ils sont tous fous, folles à aller sur des sites de rencontres à cherche de l’amour à droite et à gauche, alors qu’en réalité, lorsqu’un veut partager cet amour qu’ils ou elles cherchent tant, ils le crache dessus et le méprise. C’est l’effet yoyo. L’être humain creuse sa propre tombe, on arrivera jamais à comprendre cet espèce. Franchement, que veut cet espèce au final.

    Répondre

Laisser un commentaire