Parler d'Amour
Avis du roman 89 mois et interview de son auteure Caroline Michel

Avis du roman 89 mois et interview de son auteure Caroline Michel

Auteur

J’ai tout de suite aimé le thème du roman qui change de ce que l’on a l’habitude de lire : un roman qui bouleverse les codes, peut-être même les moeurs, un roman qui parle d’un sujet quasi tabou aujourd’hui, un sujet qu’on n’ose pas aborder dans ce sens.

Résumé

“J’ai 33 ans, ça y est. A 40 ans et des poussières, mon corps sera hors jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit 89 mois. Un chiffre minuscule. A peine 2700 jours. Que peut-on faire en 2700 jours ? Rien. J’en ai déjà 5 à construire trois meubles Ikéa.”

Mon avis

Comme vous l’avez compris, le roman est centré sur Jeanne, 33 ans, qui ne cherche plus l’amour de sa vie mais un géniteur pour faire un bébé toute seule.  Ce que j’ai beaucoup apprécié tout au long du roman, est la stabilité de Jeanne. L’héroïne est saine, elle n’est pas déséquilibrée, elle n’est pas cinglée, ne se drogue pas, non, elle a simplement un désir d’enfant réel et presque obsessionnel  et souhaite tout mettre en oeuvre pour réaliser ce grand projet de vie. Jeanne ne veut pas passer par l’insémination artificielle et tente de multiplier les partenaires sexuels pour atteindre son objectif. On a donc peur pour elle, on la trouve peu responsable à certaines moments mais on s’attache à elle. A elle et à tous ceux qui l’entourent : Alice, Eléonore, Félix, Nicolas, Julian même Arnaud ! On approuve parfois les propos d’Alice, sa meilleure amie, qui la met en garde et on a parfois envie de lui dire de se la fermer. Les personnages sont réalistes, on les imagine terriblement bien, chacun avec sa vision des choses, ses problèmes, ses envies et son regard sur le projet de Jeanne.

Jeanne assume parfaitement son envie, devenue besoin au fil du livre. Je connais personnellement, de près ou de loin, des femmes, qui ont presque “fait un bébé toute seules”. La plupart du temps, elles sont en couple mais savent que ça ne va pas durer, elles font le bébé très rapidement, au bout de quelques mois de relation, pour être certaine d’être mère, quoi qu’il arrive. Dans le roman, Jeanne n’a pas de honte, si parfois elle éprouve des sentiments contradictoires, elle revient toujours sur son projet d’origine et c’est ça qui nous pousse aussi, nous lecteurs, à la voir réussir ! On attend le bébé tout au long du roman.

Côté écriture, Caroline Michel nous offre un premier roman rythmé avec des tournures parfois littéraires, parfois familières, qui rendent la lecture fluide et légère. Un roman qui fait réfléchir sur des questions actuelles et qu’on dévore en quelques jours !

Interview de Caroline Michel (Attention Spoiler)

J’avais envie d’en savoir un peu plus sur l’écriture de son premier roman, quoi de mieux que de poser les questions directement à l’auteure ? Merci Caroline d’avoir pris le temps de répondre à mes interrogations 🙂

Comment t’es venue l’idée du personnage de Jeanne, qui cherche un géniteur plutôt que le grand amour ?

Plus qu’une envie de parler de désir de maternité, je voulais parler du schéma classique que l’on espère bien souvent suivre. Adolescentes, on rêve de rencontrer « le bon », de lui présenter nos amis puis nos parents, de partager nos premières cuites puis un premier appartement. Dans l’ordre, on construira. Un jour, on parle bébé, on rêve même d’une scène de film « Fais-moi un enfant ». En tout cas, Jeanne est comme ça – et un peu comme moi – mais que faire quand l’homme ne débarque pas ? Ou que plusieurs débarquent mais qu’aucune histoire ne prend la tournure espérée ? Que faire quand il manque une pièce au puzzle ? Comment composer sans homme ? Jeanne décide alors qu’il lui reste à trouver un géniteur plutôt qu’un mari (moins ambitieux ?). Voilà, l’idée est venue à force de me questionner – et d’entendre des amies le faire à voix haute – sur ce fameux schéma, le célibat à trente ans et la peur de ne jamais fonder cette famille tant de fois imaginée.

Se faire écrire une lettre par un écrivain public

Cautionnes-tu les choix de Jeanne ?

Pas entièrement. Ou pas tous les jours. Je ne sais pas bien. Je me suis projetée en elle, sans arrêt, tout en choisissant de ne pas la juger lorsque je regardais certaines scènes, certaines pensées, avec mes propres yeux, non plus les siens. Faire un bébé toute seule, dès lors que c’est un choix et que ça nous prend le ventre, oui, je cautionne. N’est-ce pas la chose la plus naturelle au monde que de faire des enfants ? Mais bien sûr, si Jeanne a ce désir et bien raison de l’assumer, certains de ses comportements sont à risque. Elle est prête à tout, elle couche sans se protéger. Et non, je ne peux pas cautionner, mais cela ne m’a pas empêché de l’écrire. C’est une fiction, pas un exemple à suivre. Je ne sais pas ce que je ferais à la place de Jeanne et ce roman est plutôt la photographie d’un phénomène qu’une série de conseils ou d’avis.

As-tu imaginé Jeanne enceinte d’Arnaud ou d’un autre au cours de l’écriture ?

Attention, ne spoilons rien ! Mais oui, au fil de l’écriture et des personnages qui prenaient de l’importance (ou plus tellement), j’ai tout imaginé. Pour trancher, j’essayais de m’en tenir au plus de réalisme possible et à ce que peut attendre le lecteur tout en essayant de le surprendre. Je crois qu’on peut toujours créer quinze rebondissements et que finalement, dans le cas de Jeanne, les possibilités étaient là en termes de géniteur, mais je ne voulais pas tomber dans la facilité. Je reconnais avoir commencé sans en connaître la fin, ce qui m’a semblé être finalement une bonne chose. Dans une aventure pareille, Jeanne découvrait chaque jour où elle allait, sa décision prenait forme, ses rencontres aussi, et moi je l’accompagnais, je découvrais comme elle.

Et toi, veux-tu des enfants ?

Oui, mais un oui pour plus tard. Aujourd’hui, l’envie se fait discrète.

La fin est totalement ouverte, quelle est la tienne, celle que tu imagines au fond de toi ?

Peut-être qu’au fond, la fin est à l’eau de rose, parce que pour revenir à cette histoire de schéma, ça m’aurait bien arrangée que la conclusion aille dans ce sens : quoi que l’on fasse, quels que soient les chemins que l’on tente d’emprunter, on finit par accomplir son tendre rêve. Or, c’était trop facile, de boucler la boucle ainsi et de conclure que Jeanne avait divagué pour finalement voir ses espoirs de jeunesse se réaliser. J’ai préféré que chacun y aille de son espoir.

Quel est ton livre préféré ? Et ton auteur(e) ? Déjà une prochaine idée de roman qui germe ?

Le livre qui m’est précieux, comme un porte-bonheur,  un petit bijou, c’est « Le fait d’habiter Bagnolet », pièce de théâtre écrite par Vincent Delerm et publiée aux éditions Acte Sud. Des mots parfaitement choisis, des détails de la vie parfaitement racontés… ou comment Vincent Delerm fait du quotidien, et plus particulièrement d’une rencontre amoureuse que l’on pourrait qualifier de banale – un texte maîtrisé, touchant. Il révèle le plus simple avec talent.
Et sinon oui, une idée germe pour le suivant, elle est même bien avancée, mais elle n’est pas seule. Plusieurs idées sont là, qui se battent, j’hésite, je reprends, je recommence, j’essaie encore, rien n’est sûr. Sauf l’envie de poursuivre.

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