Licorne : Roman brillant et contemporain sur le monde virtuel des réseaux sociaux

Difficile de définir ce roman déroutant ! L’auteure, Nora Sandor, nous livre une peinture étrange, mélancolique et incisive du monde des influenceurs. Elle traite avec brio ces thématiques contemporaines telles que les réseaux sociaux, le rap game, l’obsession des écrans, les relations humaines à l’heure de la sur-connexion, la confusion entre fantasme et réalité. Un petit bijou à lire de toute urgence !

Licorne de Nora Sandor : Résumé

La vie de Maëla, vingt ans, s’écoule au rythme des réseaux sociaux. Quand elle ne s’ennuie pas sur les bancs de l’université ou à la caisse du supermarché qui l’emploie, elle passe l’essentiel de son temps dans un monde rêvé. Elle est fascinée en particulier par un rappeur qui joue de son succès pour créer une mystérieuse identité virtuelle, et se met en scène accompagné de son ours des Carpates, Baloo. À son tour, Maëla commence à espérer une existence offerte à la curiosité des autres, qui la tirerait de l’anonymat. Tout s’accélère le jour où, à sa grande surprise, elle remporte un concours sur les réseaux pour participer au prochain clip du rappeur. Alors que des milliers de nouveaux followers assaillent le compte de la jeune inconnue, sa vie bascule enfin.

Ce tableau de la modernité virtuelle prend peu à peu l’aspect d’un cauchemar mélancolique sur lequel plane l’ombre gigantesque de l’ours des Carpates. Le récit flotte dans une ambiance crépusculaire, accentuée par une écriture sinueuse, moderne et envoûtante. Un roman à l’humour étrange et prenant, à la fois plein de poésie et de tristesse métaphysique.

Mon avis sur le roman Licorne de Nora Sandor

Difficile voire impossible de classer ce roman dans une catégorie ! Nora Sandor nous offre une véritable réflexion sur le monde qui nous entoure aujourd’hui ou plutôt, sur le monde virtuel. Réseaux sociaux, Youtube, Instagram, Rap Game, Influenceurs, confusion entre fiction et réalité : tout y est.

Maëla, personnage principal du roman, a pour rêve de devenir célèbre sur les réseaux, devenir influenceuse, faire des partenariats avec des marques de mode ou de beauté, voilà son but ultime. Prête à s’endetter pour acheter ce qui lui semble nécessaire pour devenir une véritable instagrammeuse, elle gagne petit à petit un nombre conséquent d’abonnés. Mais cela lui apporte-t-il le bonheur auquel elle aspire ?

Le personnage de Maëla est d’une tristesse mélancolique profonde. Cherchant à tout prix « à devenir quelqu’un » et étant persuadée que les réseaux vont lui permettre d’assouvir ce besoin viscéral d’être aimée, elle se donne, se perd corps et âme dans sa quête qui nous semble, à nous lecteurs, tellement vide de sens. Maëla est une Madame Bovary des temps modernes et inspire tout autant de pitié (endettement, amoureuse de fantasme, Emma/Don Quichotte/ Maëla tous ces personnages qui finissent par confondre fiction et réalité, héroïne tragique…).

Ce roman est aussi et peut-être même, surtout, le récit des peurs et angoisses d’une génération née avec un smartphone greffé, biberonnées aux réseaux sociaux.

Une peinture de la modernité virtuelle ironique, frappante et terriblement juste.

A lire ! Vraiment !

Quelques extraits :

« On lui servit une infusion de fleurs sauvages. Le séjour s’annonçait si Instagrammable ; il y avait même des petits biscuits sur son lit, des bouteilles d’eau fraîche. Elle alla à la piscine en peignoir, excitée de porter le dernier bikini TropBonne. »

« Engoncée dans le canapé, l’ordinateur brûlant sur ses genoux, la sensation lui revenait que le monde n’était pas fait pour elle, à sa juste mesure, comme si son existence entière, jusqu’à son corps trop lourd, relevaient d’un surplus que rien ne parvenait à justifier ; ni à l’université ni sur les réseaux il n’y avait pour elle de place. Laura Chareau avait gardé un silence poli lorsqu’elle lui avait dit, à la fin du cours, qu’elle arrêterait peut-être la licence. Pas un instant elle n’avait cherché à l’en dissuader, décelant peut-être dans cette perspective un rétablissement du juste ordre des choses, où les filles comme elle n’encombreraient plus de leur nullité impavide les derniers rangs des universités. Aurait-il fallu plutôt, se dit Maëla, rejoindre la ZAD avant qu’elle ne soit démantelée, malgré la boue dans laquelle s’enfonçait chaque pas, ou la commune libre de Rennes 2, celle de Tolbiac peut-être ? Y avait-il quelque part un endroit qui soit pour elle, accueillant ses rêves morcelés, sa chair décevante ? Sur les réseaux elle suivait les communes libres, les masques d’animaux colorés qui dissimulaient les visages. Elle aurait revêtu un masque de Baloo, colorié aux nuances chaudes de son pelage, si seulement elle en avait eu l’occasion.« 

« Elle se concentra sur ses activités de youtubeuse. Elle se ruina en vêtements de la marque TropBonne. Les dos nus la rassuraient, même si elle ne pouvait pas les porter pendant l’hiver, tout comme les jupes pailletées : elle avait l’impression qu’en les acquérant, elle se rapprochait d’une meilleure version d’elle-même à laquelle Instagram lui conseillait de s’élever (« ne te compare pas aux autres, dépasse chaque jour tes limites de la veille »).Elle contemplait la ligne de maquillage MaChérie le soir avant de s’endormir. Il lui aurait suffit d’avoir tel rouge à lèvres corail, telle ombre à paupières violette, pour que tout change. »

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