Je suis toujours là pour les autres mais qui est là pour moi ?

Dites-le avec une lettre

Il y a des choses qu'on aimerait dire à ceux qu'on aime. Mais on ne sait pas toujours par où commencer, comment trouver les bons, véhiculer la bonne intention. Aujourd'hui, on vous aide à vous lancer et envoyer la plus belle des lettres:

Une femme aimante, une mère aux petits soins, une fille présente, une sœur disponible, une amie à l’écoute, une collègue serviable… Voilà les rôles que vous remplissez dans la vie auprès des autres et les adjectifs vous semblent justes. Vous êtes celle sur qui on peut compter en toutes circonstances. Le chagrin d’amour d’une amie ? Une course à faire pour vos parents ? Les enfants de votre sœur à garder ? Accepter de remplacer un collègue sur un dossier ? Vous dites oui à tout. Seulement où est la limite entre la personne à l’écoute, empathique, et la « bonne poire » ? A force de dire oui tout le temps, personne ne voit si vous allez bien ou mal, personne n’imagine même un non de votre part. Vous en êtes venue à vous dire : Je suis toujours là pour les autres mais qui est là pour moi ? Voici le témoignage de Claire en pleine prise de conscience.

Je suis toujours là pour les autres mais qui est là pour moi ?

On peut être entourée dans la vie et se sentir très seule. Rien qu’à le verbaliser, l’écrire je me déteste car je me trouve égoïste de le penser mais c’est pourtant de plus en plus ce que je ressens. Je n’en peux plus, honnêtement. On parle d’épuisement émotionnel, de charge mentale et émotionnelle, je crois que je suis en plein dedans.

Attention, je ne renie pas ma vie. Je sais qu’au fond, oui j’ai de la chance. J’ai une famille, des enfants que j’aime par-dessus tout, des amies, un boulot sympa. Mais malgré la situation « sur le papier », il y a quelque chose qui ne va pas.

Longtemps, je ne me suis pas rendue compte de ce rôle que je jouais auprès des autres, de mes proches. J’ai souvent, beaucoup, peut-être même toujours, été celle sur qui on peut compter.

Une urgence, une galère, un problème, un contretemps, un service ; j’ai toujours répondu présente.

La peine de cœur d’une amie un soir, les problèmes de couple de ma sœur un weekend, et je suis celle qui laisse tout tomber pour débarquer si besoin. Celle qui écoute, réconforte, console, joue les psys.

Tout ça, je l’ai fait de bon cœur, vraiment. A vrai dire, je n’y pensais pas, j’agissais spontanément, c’était naturel d’être là pour les gens que j’aime. Seulement aujourd’hui, je me demande : et si c’était à refaire, est-ce que je referais pareil, autant, tout le temps ?

Je ne veux pas cracher dans la soupe, dénigrer mes amitiés et les gens que j’aime, me faire passer pour la gentille qui a le bon rôle. Vraiment pas, mais je réalise que j’arrive à saturation de cette non-réciprocité qui me questionne et qui me blesse.

Charge mentale qui explose ? Syndrome du sauveur à bout de souffle ?

Je ne sais pas, est-ce que je dois absolument creuser pour comprendre d’ailleurs ? Faut-il trouver une raison à tout ? Suis-je comme ça depuis toujours par nature ou ai-je cru le devoir par peur de ne pas être aimée ?

Un peu des deux sans doute.

Seulement là, il se passe quelque chose en moi qui me fait comprendre que ça ne va plus, que je suis sur le mauvais chemin. Mon corps dit stop, ma tête aussi, mes nerfs lâchent, je flanche.

Je suis comme vidée de toute énergie, de la moindre force. D’un coup, être avec les autres est devenu un effort, comme une agoraphobie qui se développe malgré moi. J’ai besoin de me retrouver dans ma bulle, au calme, de profiter de ma solitude pour me reposer, pour apaiser mon esprit.

C’est comme si mon existence rimait avec sacrifice depuis des années. Et je suis à bout de forces, de nerfs, de cœur, d’âme, de tout. Je n’en peux plus.

Oui, c’est normal d’être là pour ses enfants, sa famille, ses amis. D’être disponible, généreuse, souriante, serviable. Et je ne veux pas changer pour devenir aigrie, renfermée, dure. Mon besoin de solitude ponctuelle n’est pas une volonté d’isolement permanent.

Mais je me pose sérieusement la question de la réciprocité. Je suis toujours là pour les autres mais qui est là pour moi ?

Qui répond présent quand je pleure, quand je suis épuisée, quand j’ai peur ? Qui voit mes doutes et mes larmes derrière mes « ça va » prononcés du bout des lèvres parce que je ne veux pas déranger ?

A force de tenir, de tout gérer, d’aider les autres, ils m’ont collé une étiquette de femme forte sur le front. « Elle est forte, quel courage, elle s’en remettra, elle sait se débrouiller »… Alors oui c’est flatteur mais c’est dangereux aussi.

C’est comme un piège. Car qui va penser à écouter vraiment, à aider, à relever une personne forte ? Personne…

Ce n’est pas faute d’avoir tenté de le dire, d’avoir appelé au secours, mais cela n’a pas été entendu. Quand vous vous relevez à chaque fois car il le faut, pour vos enfants, pour vous, alors les autres pensent que vous allez bien. En tout cas, que vous n’allez pas si mal. Et ils oublient.

Ils n’oublient pas de vous appeler s’ils en ont besoin par contre, de se raconter pendant des heures, de s’épancher, mais ils ne demandent jamais comment moi, je vais.

Je ne sais pas où est la frontière entre la personne empathique et bienveillante et celle qu’on presse comme un citron. Si j’en suis là, c’est que j’ai sûrement une responsabilité dans ma façon de fonctionner, dans mes rapports aux autres.

Apprendre à dire stop, à dire non tout simplement, c’est compliqué quand vous avez, toute votre vie, essayé de contenter tout le monde.

Mais c’est là que le danger guette, quand vous sacrifiez votre équilibre et votre propre bonheur au profit de celui des autres.

Car ces autres, une fois qu’ils ont vidé leur sac auprès de vous, une fois que vous leur avez rendu service, ils s’en vont le cœur léger. Allégés de leur fardeau, ils rentrent chez eux en vous laissant ce poids émotionnel à supporter en plus du vôtre. Le tout accumulé, c’est lourd à porter et il est normal de craquer.

Les émotions peuvent peser une tonne quand on va mal ou qu’on ne sait pas bien les gérer. Alors imaginez si vous ajoutez à cela le poids des émotions des autres !

A force de me questionner, j’ai lu que ce rôle était souvent celui des personnes hypersensibles, qui avaient peur de l’abandon et qui allaient parfois jusqu’à développer un syndrome d’hyper empathie ou d’usure de compassion.

Je crois que je commence à comprendre pas mal de choses et que je m’y reconnais. La difficulté maintenant réside dans le fait de faire comprendre aux autres mon évolution et de ne pas avoir peur d’être jugée pour celle que je suis en train de devenir.

Je sens qu’il y a urgence à prendre mon bien-être en considération, et pour cela je dois penser un peu plus à moi et moins aux autres.

Je suis triste de constater que certains de mes proches n’ont pas entendu mon mal-être. J’ai sans doute mal fait les choses, j’en suis consciente. Mais quelque part, c’est comme si nos personnalités n’étaient plus compatibles, nos sensibilités pas sur la même longueur d’onde.

Je crois qu’il faut savoir se choisir, non pas contre les autres, mais pour soi.

Personne ne doit et ne peut se sacrifier indéfiniment pour les autres sans aucun retour. Peu importe qu’on parle d’amour, d’amitié, d’affection, aucun lien émotionnel vrai et sain ne peut exister dans le sacrifice et sans réciprocité.

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