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Les gratitudes : Le nouveau roman rempli d’humanité de Delphine de Vigan

Les gratitudes : Le nouveau roman rempli d’humanité de Delphine de Vigan

Auteur

Les gratitudes est le neuvième roman de Delphine de Vigan, mon auteure préférée depuis ma rencontre avec Rien ne s’oppose à la nuit.

J’ai trouvé ce dernier roman beaucoup plus positif que les autres, rempli d’espoir et d’humanité. Un roman dont les personnages nous touchent au plus profond de nous-même au point qu’on donnerait beaucoup pour les rencontrer.

Les gratitudes : Résumé

« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.
Et la peur de mourir.
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas. »

Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.


Les gratitudes : Mon avis

En recevant Les gratitudes, je n’ai pu feindre ma déception en voyant la fine épaisseur du roman, comme son précédent, Les loyautés, pour lequel j’étais d’ailleurs sûre qu’il y aurait une suite.

Finalement, l’écriture de Delphine de Vigan nous emporte dès les premières pages. Les personnages prennent vie, nous émeuvent, nous parlent. Avec ce nouveau roman, l’auteure continue dans la lignée du précédent à savoir, l’exploration des dettes morales, de ces liens invisibles qui nous gouvernent tous autant que nous sommes.

Les personnages

Dans Les gratitudes, nous avons trois principaux personnages : tout d’abord, Michka, une veille dame admise en maison de retraite car elle ne peut plus rester seule chez elle en raison de sa perte d’autonomie. Michka dont les mots se brouillent, se mélangent, se perdent. A travers ce merveilleux personnage, Delphine de Vigan nous parle du temps qui passe, de la vieillesse, de nos capacités qui se réduisent progressivement et de la solitude.

Nous avons Jérôme, orthophoniste, qui accompagne Michka et va tisser avec elle une relation très forte. « Pour quelle raison on s’attache à certains patients plus qu’à d’autres, je l’ignore« . Il va tout faire pour freiner la perte de langage de Michka, pour l’aider, l’écouter, raviver sa mémoire.

Enfin, nous avons Marie, qui a été, d’une certaine manière, élevée par Michka et qui lui rend régulièrement visite.

Finalement, Marie et Jérôme sont avant tout là pour mettre en valeur le personnage puissant et émouvant de Michka.

Un roman vraiment touchant

Comment ne pas penser à nos propres parents/grands-parents en lisant ce roman ? J’ai eu le coeur serré plus d’une fois, non seulement parce que moi aussi, je n’ai pas « dit » tout ce que j’avais à dire avant que certaines personnes ne partent. Mais aussi parce que si vieillir fait partie de l’existence, la justesse de ce roman nous fait prendre conscience de l’insoutenable décadence par laquelle les personnes âgées doivent passer. Sans retour en arrière possible.

L’écriture et le langage

J’ai particulièrement apprécié la mise en valeur du langage. Et, grâce à l’écriture pertinente de l’auteure, on sourit régulièrement quand Michka inverse les mots. On se rend bien souvent compte qu’ils ne sont pas si éloignés que ça d’ailleurs. Par exemple, quand elle dit « bolide » au lieu de « solide » (un bolide est toujours solide)…

Petit bémol tout de même

Je ne peux pas vraiment « critiquer » ce roman car dire que je n’ai pas aimé serait clairement mentir. MAIS, c’est certainement le roman que j’ai le moins apprécié de Delphine de Vigan (je les ai tous lus).

Ça me fait vraiment mal d’écrire ça car, je le répète, Delphine de Vigan est mon auteure préférée et j’adore sa plume. Malgré ça, j’ai trouvé Les gratitudes moins travaillé que les précédents, plus en surface. J’aurais aimé que l’on creuse plus la psychologie des personnages, leurs liens. Un goût de trop peu. Et je n’ai pas du tout compris la page 67 où j’ai vraiment trouvé que l’on tombait dans la très très grande facilité et le cliché total.

Quelques extraits du roman Les gratitudes qui m’ont marqués :

  •  » Je ne sais pas si je suis capable. D’avoir un enfant. J’ai peur de ne pas y arriver. J’ai peur de reproduire les choses, ou qu’elles se reproduisent malgré moi, comme une malédiction, une fatalité, quelque chose qui serait là, dans l’ombre, dans les souvenirs, dans le sang, dans l’histoire du monde, quelque chose contre quoi on ne peut rien. Tu comprends ? Et puis est-ce que j’ai assez d’amour, de patience, d’attention ? Comment savoir si je suis capable d’élever un enfant, de l’embrasser, de m’occuper de lui ? Est-ce que je serai capable de lui parler, de lui dire les choses qui comptent, de le laisser monter sur le grand toboggan, traverser la rue tout seul, et de lui donner la main quand il le faut ? Est-ce que je vais savoir comment il faut faire ? J’ai peur de ne pas l’aimer, j’ai peur de trop l’aimer, j’ai peur de lui faire du mal, j’ai peur qu’il ne m’aime pas.  » (Page 75)
  • « Quand je m’imagine vieille, vraiment vieille, quand j’essaye de me projeter dans quarante ou cinquante ans, ce qui me paraît le plus douloureux, le plus insoutenable, c’est l’idée que plus personne ne me touche. La disparition progressive ou brutale du contact physique.« (Page 95)
  • « Vieillir, c’est apprendre à perdre. Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois. Et plus rien ne figure dans la colonne des profits. » (Page 130).
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