Parler d'Amour
Amour, couple et désir

Amour, couple et désir

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Une des plus belles et des plus intéressantes réflexions sur l’amour qui m’ait été de lire ! Un immense merci à Aurélie du blog Nous les femmes pour ce texte pertinent qui nous fait nous poser plein de questions !

Depuis la nuit des temps, on sublime la passion, on s’épanche sur la force et la confusion des sentiments et on se pose les mêmes éternelles questions : comment concilier tendresse et passion ? Comment conserver l’excitation, la jouissance, le plaisir, la sublimation dans une relation qui s’installe dans la durée ? Entre la complicité et le désir brûlant de l’autre, il y a tant de nuances…

Allier intensité et vie de couple

Comment allier intensité et vie de couple au long cours ? Notre vie amoureuse peut potentiellement être une succession de coups de foudre et de chutes vertigineuses. S’agit-il de répéter à l’infini le schéma : « je te découvre, je te désire, je te connais, je me lasse de toi et je m’en vais » ? Ou on tente une autre voie : « Et si on se découvrait encore et encore ». Passer du ‘je’ au ‘nous’, du ‘nous’ au ‘je’, ces aller-retour pour se réinventer constamment. J’aime l’idée que rien n’est figé. J’ai besoin de sentir que toutes les options restent ouvertes pour vivre un véritable choix et non une situation où dominent les habitudes. Ce qui entretient la force des sentiments selon moi, ce n’est pas de vivre avec des œillères par rapport au monde extérieur, c’est bien au contraire de rester curieux, de cultiver d’autres liens affectifs – pourquoi pas des « amitiés amoureuses » ! – de nourrir ses intérêts et passions personnelles, de conserver notre jardin secret. C’est en étant confronté aux autres que tu peux réaliser ce que l’autre a d’unique pour toi, non ?!

Le jardin secret…Voilà la chose la plus subtile qui soit dans nos vies bien remplies, cet interstice, cet espace préservé, ce ‘territoire’qui n’appartient qu’à toi, qui se dérobe même parfois à toi-même, que tu crois tenir et qui en réalité t’échappe aussi. La poésie et la musique m’ont ouvert les portes de ce jardin, m’ont fait entrevoir ce qui se cache entre les lignes, entre les pensées, entre les paroles, ce qui est de l’ordre de l’imaginaire et du vécu à la fois. J’ai choisi ici ces vers de Robert Desnos qui ont résonné en moi lorsque j’étais adolescente:

« Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.

Comme je suis joyeux à en mourir.

Si tu savais comme le monde m’est soumis.

Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.

Ô toi, loin de moi, à qui je suis soumis.

Si tu savais. »

Ne pas s’oublier totalement

« Si tu savais… » Justement, l’autre ne sait pas certaines choses et ne les connaîtra peut-être jamais, pas plus que nous-mêmes, nous ne ‘savons’ pas tout, jouet que nous sommes souvent de notre insconscient, de nos fantasmes et de nos rêves. L’amour est le plus grand espace de liberté qui soit et ne accommode d’aucun sentiment de possession. Nos sentiments sont tout en nuances, nous passons successivement par les différents degrés entre l’ardeur et la froideur, l’envie de nous  rapprocher et celle de nous éloigner. Nous désirons, sublimons l’autre, et le fuyons en même temps. Si la personne que nous aimons savait… Mais elle aussi nous surprendrait en nous dévoilant son jardin secret ! C’est tout le sel d’une histoire d’amour, on peut vivre des années ensemble et préserver pourtant une part d’inconnu, il est de tout façon impossible de se ‘dévoiler’ tout à fait !

Dans toutes mes relations d’amour, j’oscille entre deux extrêmes : l’envie d’être totalement présente à l’autre, toute en écoute et en partage, et le besoin de rester ancrée en moi. Peut-on vraiment ‘plonger’ toute entière dans une relation, s’oublier complètement ? Il me semble que l’on garde toujours un pied sur notre propre territoire, que c’est ainsi que l’on peut aimer le mieux, en étant dans son propre alignement. Je ne vois pas comment on peut aimer les autres si l’on ne s’aime pas soi-même et en même temps je ne vois pas comment on peut aimer les autres sans se mettre à leur place et donc s’oublier… L’amour est un mouvement incessant entre soi et les autres, nous sommes sans cesse inter-reliés, que nous le voulions ou non… Le secret pour se sentir bien à deux ? Sans aucun doute selon moi c’est se sentir d’abord en bonne compagnie avec soi-même !

Je me suis souvent posé la question de savoir si j’étais faite pour vivre en couple. Je ne conçois pas la vie sans partager, et en même temps j’aime être seule à seule. La solitude ne ma pèse pas car je me sens en permanence accompagnée par celles et ceux que j’aime. C’est sans doute pour cela que j’apprécie tant d’être régulièrement face à moi-même, cela me permet de retrouver ma sérénité . Oh, j’ose le dire, j’ai un besoin viscéral d’avoir régulièrement une paix royale ! J’ai besoin de calme en moi et autour de moi, peut-être est-ce parce que j’ai connu beaucoup de tempêtes ! Mais si vivre à deux m’est parfois… difficile… ! Vivre sans mon homme me paraît impossible !

Inévitablement, certains moments du quotidien ternissent la vie à deux. Combien de fois ne me suis-je pas dit qu’il aurait été préférable que je gère seule certaines situations plutôt que d’imposer mes états d’âme, mes humeurs et mon anxiété à celui qui partage ma vie. Et en même temps qu’y a-t-il de plus génial que de vibrer à l’unisson ?!

Vivre à deux

Vivre à deux, c’est constamment se confronter à soi-même. Je pense que la vie de couple peut permettre de devenir pleinement soi. Vivre à deux, c’est rencontrer l’altérité, celle de notre partenaire évidemment, mais aussi notre propre part d’inconnu. Nous sommes aussi ‘autre’ et notre compagnon est souvent le meilleur canal pour découvrir nos différentes facettes. C’est très tentant de se soustraire à tout regard, mais être seul, c’est aussi affronter notre propre jugement qui peut parfois être bien plus difficile à vivre que celui de l’autre… Les tensions et conflits sont si révélateurs, ils mettent si bien en lumière nos zones d’ombres. Soit on les nie, soit on les regarde bien en face. On devrait même pouvoir se réjouir de vivre un conflit ensemble car il apporte l’occasion de mettre fin à un comportement ou à une insatisfaction chroniques. Quelle évolution quand une confrontation, au lieu de nous mettre dans une humeur assassine, nous donne le sourire !

Abandonnons le leurre que la vie de couple doit être toujours palpitante, sans tomber toutefois dans une relation qui n’a plus aucune saveur ! On se simplifie beaucoup la vie quand on cesse d’avoir des attentes démesurées, quand on cesse de faire peser sur son couple toutes sortes de fantasmes. Combien de mes amis se sont fourvoyés en espérant que leur duo amoureux puisse combler tous leurs manques. Ma génération a connu les désillusions, les séparations douloureuses, les familles de multiples fois recomposées. J’ai le sentiment aujourd’hui que chacun cherche à vivre un engagement constamment renouvelé, qui repose sur davantage de bienveillance, d’abord envers soi-même.

Vivre en couple, est-ce quitter le territoire de la passion ? Je crois que si un couple dure, c’est grâce à un début ‘passionnant’. Encore que… les débuts d’une histoire ne sont pas forcément les meilleurs moments ! On se tourne autour, on se guette, on s’inquiète, on n’ose pas être totalement soi… En se connaissant davantage, on cesse le jeu des apparences, on quitte la superficialité, on dépasse la séduction, il n’y a plus de calcul, juste l’envie de chérir sa relation à l’autre, on peut alors expérimenter la profonde joie de vivre ensemble. Plus le temps passe, plus on a partagé de choses ensemble, plus existe une connexion – presque surnaturelle – entre deux êtres, cette impression d’être connectés en tout lieu et toute heure, le fait aussi que tu sais déjà à l’avance ce que l’autre va dire ou faire. C’est d’ailleurs ce qui fait que certains couples se lassent de leur relation car tout leur semble trop prévisible, sauf si… justement intervient un processus d’évolution du fait même d’être en couple.

Se faire écrire une lettre par un écrivain public

Une histoire d’amour, c’est comme une conversation qui se prolonge indéfiniment… D’où l’importance d’avoir suffisamment de centres d’intérêts communs. Mais aussi d’avoir suffisamment de différences pour alimenter la discussion ! C’est un subtil dosage entre convergence et divergence, un équilibre entre ce qui nous relie et ce qui nous différentie. Avec mon amoureux, nous représentons un modèle presque parfait de complémentarité ! Nous avons chacun une personnalité qui à la fois « épouse » celle de l’autre et la complète. Nous nous apportons ce qui fait défaut à chacun. Il ne s’agit pas de nous fondre l’un dans l’autre, comme le ferait un couple fusionnel – ce qui est à mille lieues de notre relation ! – mais de former ensemble une personnalité plus complète. Nous nous heurtons parfois l’un l’autre, d’où la nécessité d’arrondir les angles, mais loin de moi l’idée qu’il faille effacer les « aspérités » et les reliefs d’une relation, deux personnes qui s’accordent parfaitement finiraient par n’en former plus qu’une, assumons plutôt d’être deux êtres bien différentiés !

Accepter l’autre tel qu’il est

La vie avec les autres commence par la vie avec un seul autre… Prôner des grandes valeurs de solidarité, de tolérance et d’égalité quand on n’est pas capable de parvenir à s’entendre à deux, c’est contradictoire ! Il me semble que tant de choses se jouent dans notre sphère intime : si je considère mon partenaire comme totalement séparé de moi, si je cherche constamment à me différentier de ce qu’il est, ce qu’il pense ou fait, si j’ai le sentiment que je dois ‘combattre’ l’autre pour exister, c’est la voie royale pour une rupture… Or, de rupture en rupture, on constate que vivre avec qui que ce soit, même une sœur ou un frère chéris, même sa meilleure amie ou un parfait inconnu, on en vient toujours à la même question : comment accepter l’autre tel qu’il est, accepter les ‘défauts’ de ses qualités. Si on se coule dans la relation, si on devient solidaires l’un de l’autre, si on considère que « l’un est l’autre », quelle bonne base pour toutes nos relations ! Pour notre rapport au monde entier !

Avec mon amoureux, je n’ai plus pensé en termes de « cela doit s’arrêter ! » quand on rencontrait une difficulté mais « comment la gérer ? » Quand on ressent que notre relation est juste, qu’elle est belle car évidente, touchante car vibrante, et que malgré les moments de grosse colère ou de déception, il reste suffisamment de ressort au fond de nous pour rebondir ensemble, alors on peut complètement se laisser aller dans une relation et c’est vachement bon ! Dans notre vie de couple, il y a eu des étapes délicates à dépasser. Il y a eu l’étape où j’ai été trop enfant et du coup mon compagnon trop parent vis-à-vis de moi … Combien de couples où l’un a trop besoin de l’autre, où l’un se repose trop sur l’autre, où l’un finit par se laisser dominer par l’autre. Il y a eu l’étape du ‘vrai’ dialogue, d’une communication franche et ouverte, une sacrée étape celle-là ! Et enfin il y a l’étape où l’on cesse de s’énerver pour des choses qui ne sont pas essentielles, on y est encore !

Comment trouver le juste milieu entre l’envie que cela marche – même quand c’est très pénible certains jours ! – et le besoin de rester soi-même, de se sentir respecté, adulé aussi de temps en temps ?! Il me semble que la réponse est la voie du milieu : de l’indépendance sans tomber dans l’indifférence, des liens qui nous unissent sans nous étouffer, la vision d’un avenir radieux sans la crainte des nuages passagers. Passer du « chacun pour soi » au « ensemble pour nous » !

Le couple, c’est le test permanent de l’estime de soi, car on se permet de se dire des choses que l’on ne dirait à personne d’autre ! Vivre en couple m’a permis de dépasser l’orgueil et la fierté mal placés, de ne plus être déstabilisée au moindre reproche – au point que je peux même en rajouter une couche ! Cela m’a appris à écouter l’autre tout en me faisant entendre. Quand on sait ce que l’on vaut, quand on se sent solide intérieurement, la relation renforce notre personnalité. Reconnaître les qualités de la personne avec qui l’on partage sa vie, sans se sentir dévalorisé – ou agacé ! – de ne pas les avoir, être capable de ne pas juger systématiquement l’autre, de ne pas relever chacune de ses contradictions, incohérences, mesquineries – en étant conscient que nous en avons tout autant… – c’est dépasser l’égo, et tiens, rien que pour cela, cela vaut la peine de tenter l’aventure, non ?

Et le désir ?

Et le désir dans tout ça ? «The more I see you, the more I want you»? C’est si bon de se ‘lover’… de groover ensemble, sur Slow Dance de John Legend par exemple ! Ah ce sacré John !

Forget about the world

Im groovin with my girl

Forget about the news

Lets put on our dancing shoes

Lets not talk about the war

Do we know what they fighting for

I propose that we go to the floor and we slow dance !

Comme nous avons besoin de nous rassurer sur notre capacité à séduire et à plaire ! On s’intéresse souvent plus à l’effet que nous faisons sur l’autre qu’à l’autre lui-même… Stendhal distinguait l’amour-passion, l’amour physique et l’amour de vanité… Il est vrai que l’on confond souvent amour-propre et amour tout court… J’ajouterais « l’amour spirituel » car la sensualité, la communion des corps, n’exclut pas la communion de l’âme et de l’esprit qui m’est si chère…

On passe inévitablement par des moments de flottement, des périodes de remise en question, ce n’est pas une ligne droite ascensionnelle, on peut se sentir plus vulnérables à certains moments. J’estime que tant que le couple se nourrit – plus qu’il ne se détruit – des difficultés qu’il traverse, il reste une magnifique aventure. Le danger ne vient pas des désaccords, mais de la réaction que nous adoptons face à ceux-ci : plutôt que les nier, il s’agit de les vivre pleinement, de les gérer, de les dépasser. « Pour le meilleur et pour le pire » ? « Tu me suis, je te fuis, je te suis, tu me fuis » ? Ma traduction personnelle c’est « pour le meilleur, je te suis, et pour le pire, je te fuis » ! Que la vie de couple ne soit pas toujours funky, je peux vivre avec cette idée mais si ce n’est qu’une succession de moments plus pénibles les uns que les autres, courage, fuyons, car oui il en faut du courage pour couper les liens avec la personne avec laquelle on s’est projeté dans l’avenir. Vivre tous les jours une tragédie grecque, non merci ! J’ai tant d’amis qui ont ‘refait’ leur vie et à qui cela a si bien réussi !

George Sand a écrit ces mots à Musset qui les a repris dans «On ne badine pas avec l’amour» : «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» J’ajouterais : « j’ai aimé un être qui n’était pas factice lui non plus… »

Chère lectrice, cher lecteur, reste authentique, reste fidèle à toi-même ! Si tu évolues, et c’est bien le but de notre passage sur terre, assume cette évolution, épouse-la complètement, ne laisse pas des ‘morceaux’ de toi sur le côté. Chers couples, ne vous apprivoisez pas trop, gardez aussi votre côté « wild » l’un pour l’autre ! Et « faites l’amour », de plein de manières différentes !

Ah l’amouuur, quête ultime de toute vie, comme le chantait Jacques Brel…

Aimer jusqu’à la déchirure

Aimer, même trop, même mal,

Tenter, sans force et sans armure,

D’atteindre l’inaccessible étoile !

Aurélie

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