Parler d'Amour
Le sentiment d’abandon en amour

Le sentiment d’abandon en amour

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Je commencerai cet article en disant que ce sentiment est souvent perçu par les êtres passionnés et romantiques, il peut évident être présent chez les réalistes mais de manière moins brutale, moins folle irais-je même jusqu’à dire. Je vous conseille de lire mon article ou j’explique la grande différence entre les réalistes et les romantiques en amour. Dans ma Bible amoureuse comme j’aime l’appeler, qui n’est autre que “fragments d’un discours amoureux” de Roland Barthes, l’auteur explique l’attente : “ATTENTE. Tumulte d’angoisse suscité par l’attente de l’être aimé, au gré de menus retards (rendez-vous, téléphones, lettres, retours).

L’attente extrait de Roland Barthes :

Je vous remets ici un morceau important de son écrit sur l’attente :

“L’acte I commence alors ; il est occupé par des supputations : s’il y avait un malentendu sur l’heure, sur le lieu ? J’essaye de me remémorer le moment où le rendez-vous a été pris, les précisions qui ont étés données. Que faire (angoisse de conduite) ? Changer de café ? Téléphoner ? Mais si l’autre arrive pendant ces absences ? Ne me voyant pas, il risque de repartir, etc. L’acte II est celui de la colère ; j’adresse des reproches violents à l’absent : « tout de même, il (elle) aurait bien pu… », « il (elle) sait bien… » Ah ! Si elle (il) pouvait être là, pour que je puisse lui reprocher de n’être pas là ! Dans l’acte III, j’atteins (j’obtiens ?) l’angoisse toute pure : celle de l’abandon ; je viens de passer en une seconde de l’absence à la mort ; l’autre est comme mort : explosion de deuil : je suis intérieurement livide. Telle est la pièce ; elle peut être écourtée par l’arrivée de l’autre ; s’il arrive en I, l’accueil est calme ; s’il arrive en II, il y a « scène » ; s’il arrive en III, c’est la reconnaissance, l’action de grâce : je respire largement, tel Pelléas sortant du souterrain et retrouvant la vie, l’odeur des roses.”

Roland Barthes parle de rendez-vous amoureux, il en est de même au sein du couple après plusieurs années de vie commune.

Les phrases soulignées ne vous sont pas inconnues n’est-ce pas ? Elles ne me sont pas inconnues non plus.

C’est tout à fait ça :

S’il arrive en I) l’accueil est calme, je dissous mes angoisses, je ne les lui fais pas ressentir, je m’apaise par sa présence.

S’il arrive en II) Il y a scène : je lui hurle dessus, je pleure, lui lance des reproches en pleine face, je suis en pleine crise d’hystérie. Pourquoi ? Pour sa seule absence ? Cette microscopique absence dans l’univers du temps ? Parce que j’ai peur, voilà pourquoi je crie. Parce que j’ai cru que j’étais abandonnée, voilà pourquoi je pleure. Il me trouve ridicule car je savais très bien qu’il rentrerait. Peut-être que ma raison le savait mais je vous jure, non mon coeur.

S’il arrive en III) c’est le soulagement total : il est revenu, bien revenu, je peux le toucher, le sentir, il est là. Je n’ai pas été abandonnée.

Se faire écrire une lettre par un écrivain public

Le Fading

C’est comme ça que Barthes exprime l’effacement de l’être aimé :

« La jalousie fait moins souffrir, car l’autre y reste vivant. Dans le fading, l’autre semble perdre tout désir, il est gagné par la Nuit[Jean de la Croix]. Je suis abandonné de l’autre,  mais cet abandon se redouble de l’abandon dont il est saisi lui-même ; son image est de la sorte lavée, liquidée ; je ne puis plus me soutenir de rien, pas même du désir que l’autre porterait ailleurs : je suis dans le deuil d’un objet lui-même endeuillé (de là, comprendre à quel point nous avons besoin de désir même si ce désir ne s’adresse pas à nous). »

Il suffit d’un retard, d’une petite heure de retard pour que l’être aimant se retrouve plongé dans l’absence et commence à ressentir le sentiment d’abandon :

« L’autre est en état perpétuel de départ, de voyage ; il est, par vocation, migrateur, fuyant ; je suis, moi qui aime, par vocation inverse, sédentaire, immobile, à disposition, en attente, tassé sur place, en souffrance, comme un paquet dans un coin perdu de gare. »

Les blessés de l’amour souffrent d’un mal lié à leur objet d’amour. Sans l’objet, ils se sentent seuls abandonnés (hilflosigkeit), délaissés voire désespérés ou plus simplement déprimés.

Le syndrome d’abandon

Ou “abandonnisme” est en fait un état psychologique celui de l’insécurité lié à la peur permanente et irrationnelle d’être abandonné. Les personnes “atteintes” de ce syndrome, et j’en fais malheureusement partie, souffrent fortement dès qu’il y a absence de l’être aimé et comblent cette peur de l’insécurité par une demande exigeante et intense d’affection. Les attentes sont la plupart démesurées et quasiment toujours insatisfaites : toujours plus, toujours plus…Ce syndrome se manifeste de plusieurs manières : du simple serrement de coeur à l’anxiété, à la dépression, à l’agressivité voire à l’envie d’en finir.

On pourrait aussi parler des dépendants affectifs : Souvent de grands frustrés aux attentes impossibles et insatiables, qui ressentent le besoin, je dis bien “besoin” de se faire aimer.

Les causes du syndrome d’abandon

Elles peuvent être liées à une première séparation amoureuse, à un divorce parental, à un traumatisme lié au passé, à un manque d’amour réel ou imaginaire. Pour aller mieux et se détacher de cet état, il faut premièrement en avoir conscience et deuxièmement réussir à le lier à la cause qui l’a engendré. Ce n’est pas chose simple mais c’est nécessaire pour vous et aussi pour votre partenaire qui, même s’il ne vous le dit pas ouvertement, en souffre également.

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