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Ce qu’on ne dit pas sur la grossesse : témoignage

Ce qu’on ne dit pas sur la grossesse : témoignage

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Voici le témoignage de Juliette, bientôt heureuse maman, qui exprime dans ce texte les déboires d’une femme enceinte, la solitude qu’on peut ressentir, les désagréments, la fatigue extrême… Parce que oui, être enceinte, c’est magnifique mais ce n’est pas QUE ça.

Aujourd’hui j’ai envie de passer un coup de gueulante car : non, la grossesse n’est pas un moment magique pour toutes; non, toutes les grossesses ne sont pas les mêmes; personne n’a le droit de dire “arrête je suis passée par là aussi, je sais ce que c’est” d’un air de dire “tu exagères” d’un regard accusateur; nous blâmer parce qu’on ne “fait plus rien” alors qu’on ne rêve que de pouvoir, est tout à fait injuste et frustrant.

Personne n’est surpris que cette nouvelle étape fasse flipper le papa, même quand cette conception a été longuement planifiée, par les deux partis. Et la maman alors, on en fait quoi ?

J’avais tellement hâte que je l’ai su avant même un retard de règles. Je n’vous raconte pas les progrès qu’on peut faire en matière de tests de grossesses. J’étais tellement persuadée que ce serait ‘trop beau pour être vrai’ que je n’ai pas réalisé tout de suite que le- et le + prouvaient que c’était positif. Pour moi ces deux symboles mathématiques s’annulaient comme on nous l’avait appris en classe. J’ai quand même lu la notice ‘au cas où’ et ai eu des vertiges au moment de le réaliser : ça y est, j’allais bel et bien devenir maman. L’un des plus beaux cadeaux que la vie puisse me donner : donner la vie. A vrai dire, j’avais déjà ce pressentiment depuis 1 bonne semaine. L’instinct maternel peut-être ? En tout cas, j’allais vite comprendre qu’il n’y aurait pas eu besoin de ce test pour être fixée…

Quelques (très peu de) temps après, j’étais soudain envahie d’une étrange, puissante et inépuisable fatigue. Je m’endormais partout, tout le temps, pouvant dormir la journée en enchaînant la nuit sans problème. Ce fut tellement intense que me lever en devint presque insurmontable. C’était inhumain. Bien sûr, le vivre est une chose mais pour le conjoint, qui lui ne comprend pas non plus, ce phénomène doit être assez difficilement imaginable. Tellement que de violentes disputes se sont mises à apparaître. Le petit appartement que nous partagions devenait un fatras de vêtements entassés les uns sur les autres et de bordel, propre, mais bordel quand même. Je me suis petit à petit mise à perdre du poids, non pas à cause des nausées et vomissements de grossesse, que j’ai peu subit dieu merci, mais parce qu’il me nécessitait un effort surhumain pour me préparer à manger et que par conséquent, je tombais très vite malade. Deux gastro’ consécutives avec 39 de fièvre, clouée au lit sans pouvoir prendre de médoc’. Je me maudissais de m’être plaint avant car, oui, en effet, la situation peut toujours être pire. Ajoutons à cela le sentiment d’être totalement incomprise, de frustration quant à ne plus du tout être maître de son corps ni de ses émotions, le manque incontestable de vie sociale, d’être mis à part; en gros, je me sentais seule au monde.

Pour quelqu’un comme moi qui ne supporte pas ne rien faire, ne pas travailler et ne pas voir de monde, c’était, je vous l’assure, une véritable torture. Bon, je n’avais pas cessé toute activité bien heureusement, après avoir quitté mon job de 80h par semaines dans l’événementiel puis le mi temps en start-up qu’il m’avait été offert, il me restait le baby-sitting, que je considérais, en tant que “job soft”, encore dans mes capacités. J’en avais pour plus de 40h par semaine mais s’occuper d’enfants tout le temps n’était peut-être pas synonyme de vie sociale épanouie. Apparemment non. Mais comme je l’avais déjà appris, toute situation pouvant être pire, la vie me fit comprendre que c’était encore trop ! Et hop, une journée aux urgences avec l’interne m’engueulant gentiment de la sorte “mais mademoiselle, vous êtes folle, il faut arrêter totalement de travailler là, vous avez l’air épuisée ! Vous savez, ce n’est pas anodin de perdre du sang comme ça…” alors que, justement, je trouvais avoir repris du poil de la bête. Heureusement qu’il ne m’avais pas une une semaine avant… Je me retrouvais donc avec une interdiction complète de prendre ni les transports en commun, ni la voiture et surtout, d’annuler nos vacances tant attendues au Cambodge (nous devions partir 2 jours après). Dammit. Là c’était sûr, ce n’pouvait pas être pire; mais je me gardais bien de le dire, ‘au cas où’.

Evidemment, quand tout le monde bosse et que, de toutes façons, on dort tout l’temps, on commence un peu à se faire chier et intérieurement à péter un cable. Mais il valait mieux accepter, puisque ce la durait déjà depuis presque 4 mois et que j’avais perdu tout espoir de pouvoir “revivre normalement” avant les 5 suivants. Adieu préjugés si jolis sur la femme enceinte qui a de beaux cheveux forts et brillants, une belle peau et un teint si radieux à en faire pâlir les pêches, une aura rayonnante à en faire se retourner les passants, les hormones qui à elles seules remplaceraient la morphine… Bonjour boutons dans le dos (alors que je n’en ai jamais eu), dégoût de la nourriture, adorât tellement puissant que j’arrivais à savoir quand exactement mon ami s’était douché et surtout quand il ne se douchait pas pendant plusieurs jours, s’il avait sorti la litière ou s’il s’était pris d’un gros coup de flemme, non, plus rien ne pouvait échapper à ce nez, à mon grand malheur et celui de mon pauvre ventre ! “Au moins, quand bébé sera là, on sera deux à le vivre !” Me disais-je. Mais, bien heureusement ceci dit, comme la vie est bien farceuse, j’allais bientôt découvrir les joies du 2e trimestre.

J’oubliais presque la petite anecdote sympa de la mamie dans le bus qui crie derrière toi que “les jeunes sont fatigués de nos jours”. Oui, mamie, les jeunes aussi, sont fatigués, surtout quand ils sont enceintes et au bord du précipice !!!

Mon ventre commençait à bien se voir. Je m’étais résignée à ce nouveau mode de vie et, essayais de prendre tant bien que mal exemple sur le chat qui lui, n’avait pour le coup pas du tout l’air de se plaindre de ce train-train quotidien. Il se contentait du fait que le seul bouleversement de sa vie soit de changer d’endroit où dormir : lit, tapis, lavabo, panier, armoire…et bien entendu, se foutait royalement de mon désarrois.

Et d’un coup comme ça, du jour au lendemain, j’étais emplie d’une énergie nouvelle. Surexcitée comme une puce, je n’arrivais plus à tenir en place ! C’était comme si quelqu’un m’injectais de la coke à longueur de temps. Les insomnies et les remontées gastriques faisant office de descentes. Mais peu importait, je revivais, j’explosais de joie et étais bien décidée à profiter un maximum de ce temps avant les emmerdes de la dernière ligne droite. C’est ainsi que je nous trouvât un nouveau nid en l’espace d’une semaine seulement, un nouveau petit job qui me plaisait et, que je me suis fait séduire, bidon à vue, par un charmant jeune homme.

Et merde. Apparemment, la vie n’en avait pas fini de jouer avec moi. Moi qui étais en quête d’action, j’étais servie. Bien sûr, j’aimais mon mec et par dessus tout mon bébé à naître, ma famille. Il était temps de grandir, de savoir se fixer des limites seule. Comme un enfant s’arrachant les cheveux pour ne pas manger le chamallow qu’on lui laissât devant en l’espoir dans avoir un 2e plus tard, d’un bonheur plus grand donc, je pleurais toutes les larmes de mon corps, me déchirant le coeur d’un plaisir présent, pour un bonheur construit et solide.

Ça y est, j’allais devenir maman.

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