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Notre vision de la sexualité est-elle déformée ?

Notre vision de la sexualité est-elle déformée ?

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Je suis la génération d’Internet, celle du libre partage, une génération dont les parents avaient dépassé la libération sexuelle et accéder à  toutes les informations dont j’avais besoin n’aurait pas dû être difficile. Pourtant, j’observe quelques fois les jeunes parler et je me pose quelques questions. La sexualité est-elle bien représentée, dans notre société actuelle ? Parle-t-on réellement de tout, sans tabou ?

Surinformation, hypersexualisation, le mal d’une époque

Nous sommes actuellement dans un monde renseigné sur les Maladies Sexuellement Transmissibles, qui ose en parler et nous présenter les risques. Bien sûr, il y a quelques limites, on pense souvent au VIH puisque son évolution en SIDA est une grande crainte et peu aux maladies dit « qui se soignent ». On mélange encore souvent VIH (pour le moment incurable mais contrôlable avec une prise de pilule quotidienne pendant toute sa vie) et SIDA (incurable et mortel), on associe d’ailleurs à tort le virus aux seuls homosexuels, drogués, population pauvre. On est aussi bien peu renseigné sur les différentes sortes d’herpès et petites infections que l’on peut attraper. Mais globalement, la société a bien évolué depuis les années 80. Malgré une baisse de vigilance notée ces dernières années, le préservatif a réussi à s’imposer comme quasi-automatique et c’est une excellente chose.

En parallèle, notre société se fascine pour l’hypersexualisation. Le sexe est de partout, notamment dans la publicité, on vend un parfum à l’aide d’une jeune femme dénudée qui se prélasse dans un lit, on filme les muscles en gros plan, on entend des allusions à tout coin de rues. Avec l’apparition d’internet, le porno est devenu gratuit et accessible à tous, même aux plus – et parfois trop jeunes. On en vient à connaître tous les noms utilisés pour décrire la même position effectuée par trois actrices de X différentes, on a vu des centaines de pénétrations et pratiques diverses avant même d’avoir embrassé une fille.

Quant aux magazines pour adolescentes, ils aiment répéter les codes d’une première fois réussie, comment trouver le bon, comment être certaine d’être prête, comment être sûre de son choix, comment ne pas avoir mal et comment choisir ses sous-vêtements pour l’occasion : c’est une initiation bien rodée, entourée de mille codes. On ne peut qu’admettre que la société nous formate et nous submerge.

Et pourtant, sommes-nous vraiment préparés à une véritable vie sexuelle ?

Alors que les filles sont, dès leurs 12 ans, assaillies par l’idée de trouver « le bon » (avant de s’apercevoir que le plaisir ne dépend pas nécessairement du prince charmant) à travers des articles de plusieurs pages spécialisés sur le sujet, les garçons sont jetés au milieu de films pornographiques. Il n’y a ici aucune intention de faire le procès du X, qui n’est pas forcément une mauvaise chose lorsque les interprètes sont respectés et se respectent. Il permet peut-être même à l’Homme d’exprimer ses pulsions seul derrière un écran. Mais le porno n’est en aucun cas la réalité et aucun jeune de 16 ou 17 ans ne pourra, à l’heure de sa première fois, effectuer la performance d’un Rocco Siffredi. Les orgasmes sont très souvent simulés et la femme est soumise au parfait désir de l’homme, même dans sa propre jouissance, uniquement destinée à combler l’ego de son partenaire.

Se faire écrire une lettre par un écrivain public

Dans cette sexualité à la fois débridée et aseptisée qu’on livre tous les jours aux jeunes, on ne parle que peu du genre, de l’orientation, ne serait-ce que pour dire que si l’autre est consentant, que ce soit un homme ou une femme, il n’y a aucun mal, aucune honte à être attire. Pour rebondir sur le consentement, c’est un sujet aussi primordial qu’oublié. Ainsi, dans l’imaginaire collectif, le viol est toujours la violente agression par un inconnu dans un parking de nuit. Ce fait est, rappelons-le, extrêmement rare, la grande partie des agressions sexuelles étant commises par un proche de la victime. L’évolution est heureusement en marche, bien qu’un peu lente : des femmes apparaissent dans l’industrie pornographique et des sociétés de production sont dédiées à améliorer leur rôle dans un film X, on parle beaucoup plus du harcèlement…

Moins de glamour, plus de réponses et de fun

J’aimerais dire aux jeunes d’aujourd’hui que leur sexualité ne ressemblera jamais à celle des personnages de 50 Shades of Grey, j’aimerais dire aux filles qu’aucun homme ne parviendra à les plaquer sensuellement comme un mur tout en les soulevant sans leur faire mal, j’aimerais dire à tous qu’ils rencontreront forcément un jour un petit problème, un léger bug, une latte du lit qui se casse, une tête qui rencontre le mur, une crampe dans une position acrobatique, un vêtement un peu rebelle quand on décide de l’enlever… Ce sera un instant un peu trop drôle pour être super sexy mais qui fait finalement le charme de la vraie sexualité.

J’aimerais demander aux professionnels de la santé qui interviennent dans les classes de collège et lycée de ne pas hésiter à donner des détails sur les difficultés que peuvent rencontrer les jeunes garçons pour qu’ils soient moins complexés et apeurés par l’idée de ne pas réussir leur « performance ». J’aimerais que l’éducation sexuelle ne soit plus qu’hétérogenrée pour que des adolescents ne se sentent pas mal à tenter de suivre un schéma qui ne leur correspond pas. Il est temps que chacun puisse s’épanouir sans peur, sans honte, dans la joie et le respect de l’autre et, bien qu’il soit tout à fait normal de fantasmer sur des images de Christian (ou Sasha) Grey en tête, elles ne resteront que des mises en scène.

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