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Faut-il sanctionner les clients des prostituées ?

Faut-il sanctionner les clients des prostituées ?

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Nous parlons beaucoup d’amour, parlons à présent d’une autre forme d’amour, celui purement physique, sans sentiments, dont le seul consentement réside en une liasse de billets de banque. La prostitution, fléau pour certains, naturelle pour d’autres, existe depuis la nuit des temps, avec des lois spécifiques et bien propres à chaque pays. Pour un bref rappel, la prostitution n’est pas interdite en France, le racolage, si. Vous pouvez donc proposer des services sexuels mais sans chercher des clients, en quelque sorte – la position est ambiguë. Le « métier le plus vieux du monde » est donc sujet à beaucoup de polémiques, entre ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui estiment que c’est dégradant pour l’image de la femme et ceux qui préfèrent considérer la femme comme victime de sa propre situation… La prostituée a cependant l’obligation de déclarer ses revenus au fisc, ce qui amène beaucoup à remettre en question la position ambiguë de la France sur la « profession » tolérée.

Dans une optique de lutte contre la prostitution mais sans pour autant faire des prostituées des coupables, le Sénat a finalement voté la pénalisation des clients le 6 avril 2016, et ce, après une longue réflexion de trois ans. Si les forces de l’ordre vous surprennent avec une prostituée, vous serez donc obligés de payer une amende (1500€, 3500 en cas de récidive).

Notons que l’article suivant traite majoritairement des femmes prostituées, pour des relations hétérosexuelles puisque le cas de figure le plus courant en France, des différences de considération sont parfois à faire dans des situations différentes (bien que la loi traite à raison la prostitution d’un bloc), selon la perception qu’a la société des autres relations (une femme qui paie un homme, un homme qui paie un homme, figures transgenres ou ne pouvant être définis par leur genre etc…).

La responsabilité du client pour prendre des travailleuses « volontaires »

La condition de « volontaires » des travailleuses du sexe porte souvent à débat, peut-on par exemple considéré une étudiante qui s’y plie pour payer seule de longues et lourdes études comme totalement volontaire ? A l’inverse, que peut-on penser de celles qui se plient au métier sans état d’âme alors que c’est une torture pour d’autres ? Les réponses divergent selon les opinions personnelles, religieuses, éthiques et même les cultures. Un consentement se retrouve cependant autour des réseaux mafieux qui proposent de jeunes femmes à petits prix, souvent sans se soucier du bien-être de ces dernières.

Ce sont souvent des jeunes femmes des pays de l’est, parfois asiatiques venues en France en suivant les promesses d’enrichissement d’un homme. Elles ne s’aperçoivent qu’une fois à leur arrivée de la triste réalité : le seul job qu’on leur propose consiste à vendre leur corps. Ces jeunes femmes ne maîtrisent pas toujours la langue française, n’ont pas nécessairement de papiers mais doivent envoyer de l’argent à leur famille restée au pays, elles sont tombées dans un véritable traquenard. Leurs passes sont très bon marché, elles représentent une rude concurrence pour les indépendantes, mais une grande partie revient à leur proxénète. Solliciter les services d’une de ces jeunes femmes revient à donner de l’argent à un réseau criminel, utilisant la traite de l’être humain. Sanctionner ces jeunes femmes ne serait guère utile, démanteler ces réseaux est un travail déjà en cours, mais que peut-on faire à plus petite échelle pour empêcher ces crimes ? Sanctionner le client revient ici à lui faire peur, sans demande il n’y a pas d’offre et ces réseaux reviendraient (théoriquement) à disparaître.

Des clients plus pressants ?

Mais sanctionner les clients, ne serait-ce pas aussi accroître finalement les risques indirects pour les prostitués ? Celles qui ne peuvent changer de « profession » seraient obligées d’accepter des clients qu’elles auraient habituellement refusés par mesures de sécurité. Pervers sexuels, hommes violents ou profondément misogynes, les pires craintes de la profession, seraient alors plus facilement acceptées bien qu’en cas d’accident (violence, viol…) la prostituée serait alors obligée de déclarer le contexte de la relation donc son activité.

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Parce qu’au final, n’est-ce pas au client d’être responsable ? De vérifier que la dame qu’il paie est bien maître de ses actes et décisions ? S’il accepte une annulation en échange du remboursement plutôt que de forcer la dame – qui se prostitue de son propre chef, il n’y a rien qui vaille de le punir ?

Le manifeste des salauds

Finalement, ne peut-on pas interdire la prostitution parce qu’elle reviendrait à interdire la libre utilisation totale de son corps ? La loi offre bien le droit de “disposer de son corps”, pour reprendre le bon terme. La limite à ce droit est l’intégrité physique.

Là où certains voient une mesure misogyne, d’autres félicitent les tentatives de restriction du marché construit autour du corps humain. Les prestations physiques sont courantes, dans l’art comme dans un travail manuel, mais une prestation physique mettant son intimité en contact avec l’autre est là un problème plus complexe. Plutôt qu’interdire une activité ou juger le choix de certaines femmes, cette loi reviendrait à encadrer (mais avec bienveillance) les rapports humains pour éviter tout abus.

Reste quelques hommes, meneurs d’une pétition, qui estiment avoir le « droit d’aller aux putes» (ce sont leurs mots) dans le manifeste des 343 salauds, reprenant le titre du manifeste des 343 salopes de 1971 pour le droit à l’avortement (entre autre). Une appropriation de l’autre totale s’échappe de cette formulation, on peut requérir le droit à bénéficier de services offerts avec consentement d’une professionnelle en échange de la somme d’argent négociée, on ne peut pas requérir le droit à la femme. Cette pétition, condensé de vulgaire grosse misogynie est également volontairement provocante sous certains aspects mais ne prône-t-elle finalement pas le droit à la consommation de femmes par des hommes ? Ils disent ne pas aimer le trafic d’humains mais seraient donc prêts à en profiter puisque cela existe déjà ? Une prise de position indécise et plutôt inutile en quelque sorte puisque ce sont aux femmes de prendre ces décisions et non pas à leurs clients seuls.

Vers une prostitution 2.0 ?

Toute personne peut se prostituer, quelques soient leurs organes sexuelles ou leur genre d’appropriation, il y aura toujours quelqu’un pour désirer leurs services. Maintenant, comment la société considère-t-elle une prostitution masculine par rapport à une prostitution féminine (sexisme, quand tu les tiens…) ?

La prostitution ne se limite pas au trottoir, elle s’étend dans de grands hôtels de luxe. Bien que les services soient techniquement tout à fait les mêmes, les services d’escort de luxe bénéficient d’une meilleure réputation et les prostituées qui travaillent chez elles ou pour des clients moins fortunés sont parfois méprisées. Vient également le concept de « sugardaddy » (ou sugarmommy quand c’es une femme), où un homme riche prend sous sa protection une jeune femme en échange de « services » mais le rapport avec sugardaddy et prostitution reste indécis, la définition des services varie énormément. De même, dans une société où tout se monnaye, que va-t-il advenir de la prostitution ? Peut-elle un jour entrer dans les moeurs ou est-elle destinée à exister indéfiniment dans l’ombre ?

Comment peut-on limiter tout cela  sans l’interdire ni l’approuver ? Cela semble être une question sans réponse, quant au féminisme, il ne peut répondre à cette question, les associations prennent chacune un parti différent. Reste l’idée que l’on peut réprouver la profession d’une personne, voire la considérer comme totalement immorale mais que chaque individu a droit au respect – nos propres convictions sur la prostitution ne peuvent excuser en rien les crimes envers les travailleuses du sexe.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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