Parler d'Amour

« Single » Un roman cynique sur le couple et le célibat de Marco Caramelli

« Single » Un roman cynique sur le couple et le célibat de Marco Caramelli

Auteur

Je viens aujourd’hui vous donner mon avis sur le roman « Single » de Marco Caramelli, auteur de « Lola » et « Les nouveaux monstres« . On continuera avec l’Interview de l’auteur (car j’avais quand même quelques petites questions suite à ma lecture).

Single : Résumé

« Everybody needs somebody… to love ! »

Max et ses acolytes pensent au contraire qu’ « Il court la même différence entre la vie d’un maqué et celle d’un célibataire, qu’entre la Roumanie de Ceausescu et le Los Angeles de Jim Morrison. »

Après s’être lassés d’Adopteunmec et de Tinder, ils découvrent le Silencio, le club culturel parisien chic et sélect conçu par David Lynch, dont la beauté, le glamour et la frénésie les fascinent. Leur vie va peu à peu se résumer à une cascade d’aventures.

Vont-ils finir par s’ennuyer ? Par trouver tout cet hédonisme effréné vain et pathétique ?

Single ! est une fresque satirique, insolente, politiquement incorrecte et provocatrice des années 2010.

Mon avis

Pour moi ce roman se situe en la fiction et l’essai car il décrit avec cynisme et réalisme la société parisienne de nos jours à travers le prisme d’un célibataire dont l’unique but n’est pas de trouver l’amour mais de jolies petites nymphettes. Défi permanent et complexe que Max et ses acolytes tentent de réaliser chaque semaine.

J’ai aimé la plume, le ton, le cynisme, l’ironie mais j’ai été frustrée par le manque de « but ». J’aurais aussi voulu plus de détails sur la vie de Max autre que ses soirées de débauche et de chair. J’aurais voulu que l’on rentre davantage dans le fond de sa pensée ( même si on en sait déjà beaucoup mais souvent sur les mêmes sujets.) J’ai énormément apprécié le passage sur sa vision du couple, même si ça donne plus envie de pleurer que de s’enthousiasmer.

Les propos se veulent souvent choquants, le narrateur joue entre le 1er et le 5ème degré ce qui déstabilise le lecteur.

Je trouve le roman très cynique, ce qui me plaît beaucoup, marginal, ce que j’apprécie aussi, bien écrit, ce qui est plus qu’agréable, rempli de réflexions sur l’individualisme contemporain et très critique sur le « comment doit-on faire les choses » ( ce que je ne peux qu’apprécier).

Niveau conseils en séduction, vous avez une jolie panoplie ! Ce que j’ai également aimé, c’est que tout le monde en prend pour son grade et qu’on a autant envie de détester les personnages principaux que de les plaindre, parce qu’au fond, leur solitude et leur mono-pensée les rendent souvent pathétiques.

Si vous ne savez pas quoi lire cet été, je vous le conseille complètement ! Vous pouvez vous le procurer en ebook sur Amazon ou sur Kobo.

Interview de Marco Caramelli sur son roman « Single »

Quels sont tes mentors ?

Parmi les auteurs auxquels je dois beaucoup, il y a des écrivains et des cinéastes, chacun m’ayant enseigné quelque chose dans un domaine particulier. Bret Easton Ellis et Georges Perec, par exemple, m’ont transmis le goût des objets, des choses, des détails, de la précision, ainsi que l’obsession pour la fluidité du langage, pour la recherche d’une sonorité harmonieuse. De Houellebecq, je tiens peut-être une part de cynisme, le fait de mêler essais et fiction (ce qui, selon les recherches scientifiques, plairait davantage aux hommes qu’aux femmes) et l’importance de dire ce que l’on croit vrai, en dépit des sanctions auxquelles on s’expose ensuite de la part des bien-pensants. De Bukowski et des grands réalisateurs de la comédie à l’italienne, je tiens l’humour, le fait de rire des situations les plus dramatiques, et puis tout ce qui est un peu « dégueulasse » et que la littérature chic proscrit généralement de la manière la plus absolue… De Hubert Selby Jr., le grand auteur trop méconnu de Requiem for a Dream, the Demon, the Room ou Last Exit to Brooklyn, je tiens les explosions dramatiques que l’on trouve parfois dans mes écrits, et qui contrastent avec l’apparente légèreté du reste, ainsi que les monologues intérieurs qui sont très présents dans « Lola », mais également dans « les Nouveaux Monstres » et « Single ! ». J’évoquerai enfin Federico Fellini et celui que certains considèrent comme l’un de ses fils spirituels, Paolo Sorrentino, pour leur créativité et leur goût de ce que j’appelle les scènes cultes, ces scènes grandioses qui sont comme des éruptions, comme la scène du harem dans 8 et ½ ,à laquelle je rends hommage dans « Single ! », ou les scènes du botox et de la fillette qui peint sur une immense toile dans la Grande Bellezza.

Comment résumerais-tu ton roman « Single » ?

L’idée de départ était de me moquer des gens en couple, en expliquant qu’ils s’ennuyaient, se trompaient, se déchiraient et finissaient tous plus ou plus malheureux et frustrés. Une seconde couche est venue naturellement se superposer à la première, et c’est la description chirurgicale de la vie et de la psychologie de jeunes célibataires urbains, qui passent leur temps à chercher des filles à séduire. Évidemment, je finis aussi par me moquer d’eux, en les montrant comme des êtres pathétiques, vains et eux aussi fondamentalement malheureux. Tout le long du roman, j’entretiens volontairement une ambiguïté entre premier, second et troisième degrés afin que le lecteur ne sache pas très bien si le héros est vraiment un sale type, ou si le narrateur fait simplement preuve d’ironie, l’idée étant de créer par ce biais un état psychique de tension chez le lecteur, et de jouer ainsi avec ses émotions.

Tu avertis le lecteur qu’il n’aura pas le droit à son « happy ending », n’est-ce pas pourtant une « Awesome ending » que tu proposes ?

Il s’agit, ici encore, d’une satire des clichés et du politiquement correct, qui conduisent souvent les romans et les films à un type standard de happy end.

Sans vouloir en spolier la fin, disons que dans mon roman je propose un happy ending plutôt politiquement incorrect et radicalement opposé à ce que l’on trouve généralement dans les œuvres de fiction.

Si je dis que Max est misogyne, que réponds-tu ?

Selon le Grand Robert, un misogyne est quelqu’un « Qui déteste les femmes ou qui les méprise. »

Max est à l’inverse quelqu’un qui les adore, les adule même, et qui ne les méprise absolument pas, bien au contraire ! Dans « Single ! », on doit voir apparaître une bonne vingtaine de personnages féminins. Y en a –t-il une seule qui soit stupide ? méchante ? hystérique ? Ne sont-elles pas toutes présentées avec amour et bienveillance ? Je crois que tu tiens la réponse à ta question…

Elle soulève cependant un point qu’il me paraît important de relever. Max ne se soumet pas, en ce qui concerne les femmes (et aussi le reste), à la doctrine bien-pensante, ce qui, on vient de le voir, n’a rien à voir avec de la misogynie. Mais certains entretiennent volontairement cette confusion afin de punir, par l’opprobre, ceux qui refusent de se soumettre à leurs lois bien-pensantes. Il s’agit d’une technique de manipulation bien connue, très dangereuse pour la liberté d’expression et de pensée, et qui fonctionne malheureusement à merveille. On peut en voir des exemples quotidiennement dans les médias et les réseaux sociaux…

En tant qu’auteur, crois-tu en l’amour…qui dure plus de 3 ans ?

L’amour est un concept abstrait, qui peut avoir mille sens, que chacun définit à sa manière… En gros, je ne sais pas ce qu’est l’amour, je ne peux donc avoir d’avis sur le sujet… Une question plus concrète pourrait être : un couple peut-il durer plus de 3 ans sans trop se déchirer et en n’étant pas trop malheureux ? Sans doute oui, même si on ne sait jamais trop ce qui se passe dans l’intimité de certains couples qui, de l’extérieur, semblent filer le parfait amour…

Plus généralement, je pense que ceux qui ont le plus de chances d’être heureux en couple, sont ceux qui sont malheureux tous seuls, car ils sont capables de plus de sacrifices et de compromis, ingrédients essentiels de la réussite d’un couple sur le long terme.

Max, personnage principal semble monomaniaque avec un seul et unique désir : accumuler. Qu’en penses-tu ?

Le capitalisme ne nous a-t-il pas tous programmés à être des monomaniaques de l’argent et de la consommation ? La valeur suprême du capitalisme n’est-elle pas l’accumulation du capital, et des biens et services dont il permet de faire l’acquisition ? Pourquoi notre vie sentimentale et sexuelle ferait-elle exception à la règle ? En réalité, je ne fais que montrer l’existence d’un marché des rencontres et des relations, avec une offre et une demande et des paramètres et des logiques qui permettent de valoriser et d’évaluer une offre, exactement comme c’est le cas pour n’importe quel autre produit. Tout cela peut paraître extrêmement cynique, mais n’est-ce pas la réalité que nous observons tous les jours ? En littérature comme en philosophie, on peut avoir un point de vue normatif, c’est-à-dire montrer comment les choses devraient être dans un monde idéal, ou un point de vue positif, c’est-à-dire montrer les choses telles qu’elles sont ou du moins telles qu’on les perçoit. Je m’inscris bien évidemment dans une démarche positive, ce qui ne signifie pas que je souscris à tout ce que je vois ou perçois autour de moi, loin de là ! C’est là encore une confusion trop fréquente !

Dans ton roman, tu donnes énormément de conseils en séduction pour les hommes, lequel faudrait-il retenir ?

Frédéric Beigbeder a écrit à la page 80 de son Premier bilan après l’apocalypse (que je conseille vivement) : « Un grand romancier, c’est quelqu’un qui vous fournit des méthodes de drague qui fonctionnent. »

Que ceux qui utiliseront les miennes me fassent savoir si elles ont été efficaces ou pas !

Pour répondre à ta question, la séduction est un processus complexe et en grande partie mystérieux, c’est ce qui fait tout son charme, et c’est ce que j’ai essayé de montrer dans ce roman.

Mais si vraiment je devais ne retenir qu’un élément, mon expérience me pousserait à dire que le plus important, toutes choses égales par ailleurs, c’est l’assurance et la confiance en soi, et l’audace dont elles permettent de faire preuve. Avec de l’assurance et de l’audace, on peut vraiment déplacer des montagnes !

Pour toi c’est quoi l’hédonisme ? Max en est-il la parfaite incarnation ?

Le Grand Robert (encore lui !), nous dit que l’hédonisme est une « Doctrine qui prend pour principe de la morale la recherche du plaisir et l’évitement de la douleur. »

Max peut effectivement être considéré comme un hédoniste car il cherche systématiquement le plaisir, même s’il s’agit somme toute de plaisirs plutôt simples : passer des soirées avec de jolies jeunes filles, boire du bon vin, écouter de la bonne musique, déguster un bon dîner et se faire des câlins… Mais il est aussi hédoniste parce qu’il tente d’éviter la douleur, donc l’amour, car l’amour finit toujours par engendrer la douleur.

Là où ça coince, c’est que les jeunes filles, elles, ne sont pas hédonistes, elles sont friandes d’amour donc de douleur et de souffrance. C’est en quelque sorte sur ce conflit entre hommes hédonistes et femmes passionnelles que se base la construction dramatique de « Single ! », et de la vie sur terre en général !

Mais si Max est un hédoniste, c’est un hédoniste romantique, ce qui le conduit à parfois tomber lui aussi dans le piège du sentiment amoureux…

L’auteur et le narrateur fusionnent-ils ?

La sempiternelle question !

La réponse est bien évidemment oui et non.

Dans la littérature, les cas où auteurs et narrateurs se ressemblent sont nombreux : Houellebecq, Beigbeder, Bukowski, Ellis, Miller, Montherlant, Perec, Matzneff, Sagan et tant d’autres. À chaque fois, on se situe en réalité sur des continuums. Le pourcentage de véracité des histoires et de similarité entre auteurs et héros varie selon les auteurs, les romans, et même d’une scène à une autre.

Max me ressemble sur certains points, évidemment, déjà parce que c’est moi qui l’ai créé. Nous avons une base commune, mais sur ce socle j’ai ensuite bâti un véritable personnage de fiction dont certaines pensées, actes ou caractéristiques m’étaient nécessaire pour les besoins du roman, sans forcément coïncider avec ce que je suis personnellement.

Un processus identique s’applique aux scènes que je raconte. Certaines sont réelles à 100% parce qu’elles étaient bien comme ça pour les besoins du roman, parce qu’elles illustraient à merveille les idées que je souhaitais présenter. D’autres sont au contraire 100% fictionnelles, déjà parce que c’est grisant de créer des individus et des histoires de toutes pièces (ça nous permet un peu de nous prendre pour Dieu), mais également parce qu’on a parfois besoin de montrer des choses qu’on n’a pas vécues personnellement. Dans la plupart des cas, je dirai qu’on se situe quelque part entre les deux.

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